Éducation

1 400 euros net pour un prof débutant : pourquoi plus personne ne veut enseigner

Un enseignant débutant gagne environ 1 400 euros net par mois en France. Les concours ne font plus le plein, et la crise d'attractivité menace toute l'école publique.

IW

La rédaction

Rédaction InfoWebMédia

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Illustration education| Photo d'illustration

Un professeur des écoles qui débute en France touche environ 1 400 euros net par mois. C'est moins que le salaire médian national, moins qu'un manager chez McDonald's et moins que la moyenne des enseignants débutants dans les pays de l'OCDE. Résultat direct : les concours de l'enseignement ne remplissent plus leurs promotions. Dans certaines académies, le nombre de candidats est inférieur au nombre de postes offerts. On recrute par défaut, pas par sélection.

En Allemagne un prof gagne le double, en France il fait grève

La comparaison internationale est cruelle. En Allemagne, un enseignant débutant gagne entre 3 500 et 4 200 euros brut par mois selon le Land. En Espagne, c'est autour de 2 200 euros net. Au Luxembourg, un prof commence à plus de 5 000 euros brut. La France se situe parmi les pays européens qui rémunèrent le moins bien leurs enseignants, tout en leur demandant un niveau d'études de plus en plus élevé.

La revalorisation promise par les gouvernements successifs reste largement insuffisante. Les primes et indemnités annoncées ces dernières années n'ont pas rattrapé l'érosion du pouvoir d'achat causée par l'inflation. La CFDT-Éducation résume le sentiment général : « On compte sur la bonne volonté des personnels pour que le système fonctionne, et aucune mesure salariale ne vient le reconnaître. » Les profs tiennent le système à bout de bras, et le système ne les paye pas en retour.

Moins de candidats, plus de contractuels, le cercle vicieux

Quand les concours ne trouvent pas assez de lauréats, l'Éducation nationale recrute des contractuels. Ce sont des enseignants embauchés sans avoir passé le concours, souvent avec un contrat précaire, une formation minimale et un salaire encore plus bas. Dans certaines académies, les contractuels représentent plus de 10 % des effectifs enseignants. En Seine-Saint-Denis, ce chiffre est encore plus élevé.

Le problème, c'est que cette solution d'urgence devient structurelle. Au lieu de rendre le métier attractif pour attirer des candidats qualifiés, on colmate les trous avec des personnels moins formés et moins bien payés. Les élèves les plus défavorisés, ceux qui auraient le plus besoin d'enseignants expérimentés, se retrouvent face à des profs débutants ou des contractuels qui découvrent le métier sur le tas.

La réforme du CRPE, qui ouvre le concours dès Bac+3 au lieu de Bac+5, reconnaît implicitement le problème. Si on baisse le ticket d'entrée, c'est parce qu'à Bac+5 et 1 400 euros net, le rapport investissement-retour est devenu absurde. Un ingénieur débutant à Bac+5 gagne le double. Un développeur junior aussi. Même un infirmier dépasse souvent ce salaire en comptant les primes.

La France forme parmi les meilleurs chercheurs et ingénieurs du monde. Mais elle n'arrive plus à convaincre ses propres diplômés de devenir enseignants. À quel moment on décide qu'éduquer les enfants vaut au moins autant qu'écrire du code ou vendre des assurances ?

Mots-cles

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