Quinze fictions écologiques, c’est le pari lancé par Reporterre pour répondre à une époque qui ressemble parfois à une impasse géante. Dans la postface de ce recueil, l’idée est simple, mais puissante, face au choc climatique et politique, inventer d’autres récits peut aider à sortir de la sidération et à remettre du mouvement dans nos têtes.
Quand le réel étouffe, l’imaginaire devient une bouffée d’air
Le point de départ, on le connaît tous un peu. Entre dérèglement climatique, effondrement de la biodiversité, montée des autoritarismes et sentiment d’impuissance, beaucoup avancent avec une fatigue sourde. On sait, on voit, on lit les chiffres, mais il devient parfois difficile de se projeter autrement que dans la catastrophe. C’est précisément là que ces textes veulent intervenir. Non pas pour faire oublier le monde, mais pour l’ouvrir. Créer des imaginaires dissidents, c’est refuser de laisser la dystopie occuper tout l’espace mental. C’est dire qu’un autre futur peut encore être pensé, raconté, désiré.
Cette démarche compte particulièrement dans l’écologie, souvent coincée entre discours d’alerte et injonctions à agir. À force d’entendre que tout va mal, certains décrochent, d’autres se figent. La fiction, elle, contourne ce mur. Elle permet de ressentir, d’expérimenter, de tester des possibles sans passer par un exposé militant ou un rapport scientifique. En clair, elle redonne de l’épaisseur humaine à des enjeux qu’on a parfois réduits à des courbes ou à des slogans.
Des récits pour désobéir à la fatalité
La postface met en avant une idée très actuelle, l’imaginaire n’est pas un décor, c’est un terrain de lutte. Ceux qui imposent leur vision du futur imposent souvent aussi leur vision du présent. Si demain ne peut être qu’ultralibéral, techno-autoritaire ou écologiquement ravagé, alors aujourd’hui semble déjà verrouillé. À l’inverse, raconter des mondes plus habitables, plus solidaires ou simplement moins brutaux, c’est rouvrir le champ du possible.
Ce geste n’a rien de naïf. Il ne s’agit pas de repeindre la crise en vert pastel. Il s’agit de prendre au sérieux le pouvoir des histoires. Depuis longtemps, les récits façonnent nos peurs, nos désirs, nos réflexes politiques. Produire des fictions écologiques, c’est donc aussi produire des outils culturels. Des outils pour penser la justice, le vivant, les limites, la coopération, sans rester coincé dans la langue de l’effondrement permanent.
Et si l’écologie recommençait aussi par ce qu’on raconte
Ce recueil arrive à un moment où beaucoup cherchent comment tenir, émotionnellement et collectivement. Peut-être que la bataille écologique ne se gagnera pas seulement dans les lois, les mobilisations ou les innovations, mais aussi dans notre capacité à raconter autre chose que la fin. La vraie question, au fond, est peut-être celle-ci, quels futurs voulons-nous rendre crédibles dès maintenant ?