Le Sénégal importe encore l’écrasante majorité de ses médicaments, plus de 90 % selon les estimations souvent citées dans le secteur. Réunis à Dakar, des experts ont donc plaidé pour une meilleure utilisation des flexibilités de l’Accord ADPIC, afin d’accélérer la production locale et de renforcer la souveraineté pharmaceutique du pays.
Des règles internationales, mais aussi des portes à ouvrir
L’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce, plus connu sous le nom d’ADPIC, encadre les brevets à l’échelle mondiale. Dit comme ça, on pourrait croire que tout est verrouillé. En réalité, ce texte prévoit aussi des flexibilités qui permettent aux États de protéger la santé publique, notamment en facilitant l’accès à certains médicaments quand l’intérêt général l’exige.
C’est précisément ce point que des spécialistes du médicament, du droit et de l’industrie ont mis en avant lors d’une rencontre à Dakar. Leur message est clair, le Sénégal ne doit pas seulement subir les règles du marché mondial, il peut aussi s’appuyer sur les mécanismes légaux existants pour développer sa propre capacité de production. Cela peut passer par des licences obligatoires, des importations parallèles ou des choix réglementaires plus favorables à la fabrication locale.
Pourquoi ça change la donne pour la santé
Derrière ce débat technique, l’enjeu est très concret. Produire davantage sur place, c’est limiter la dépendance aux importations, mieux absorber les chocs internationaux et sécuriser l’approvisionnement en traitements essentiels. On l’a bien vu pendant les crises sanitaires récentes, quand les chaînes logistiques mondiales se grippent, les pays les plus dépendants se retrouvent vite fragilisés.
Pour le Sénégal, mieux exploiter les flexibilités de l’ADPIC pourrait aussi soutenir l’emploi, la montée en compétence industrielle et la disponibilité de médicaments à des prix plus accessibles. Mais cela suppose plus qu’une simple volonté politique. Il faut des juristes formés, une administration outillée, des industriels accompagnés et un cadre réglementaire capable de transformer ces possibilités en résultats concrets pour les patients.
Le défi, passer du discours à l’usine
Les experts réunis à Dakar insistent justement sur ce passage à l’action. Le pays dispose d’une fenêtre stratégique pour bâtir une politique pharmaceutique plus solide, en articulant santé publique, industrie locale et droit international. L’idée n’est pas de sortir du système mondial, mais d’y jouer plus intelligemment, en utilisant tous les leviers déjà prévus par les textes.
La vraie question, maintenant, c’est le tempo. Le Sénégal va-t-il transformer cette prise de conscience en décisions rapides, capables de faire émerger une filière pharmaceutique plus autonome et plus utile au quotidien des patients ?