Environnement

Au fond du lac de Petit-Saut, une forêt fantôme devient bois énergie

Sous les eaux de Guyane, des arbres engloutis depuis 30 ans sont exploités pour alimenter une centrale biomasse. Un chantier fascinant, mais loin d’être neutre pour le climat.

IW

La rédaction

Rédaction InfoWebMédia

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Au fond du lac de Petit-Saut, une forêt fantôme devient bois énergie
Au fond du lac de Petit-Saut, une forêt fantôme devient bois énergie| Photo d'illustration

À Petit-Saut, en Guyane, des milliers d’arbres reposent sous l’eau depuis 1994, date de la mise en service du barrage. Aujourd’hui, ce bois immergé est récupéré pour alimenter une centrale biomasse. Sur le papier, l’idée semble maligne. En réalité, le lac reste une source importante de gaz à effet de serre, surtout à cause des sols noyés.

Une forêt noyée, mais étonnamment intacte

Quand le barrage de Petit-Saut a été créé, une immense zone forestière a été engloutie. Une partie des arbres n’a jamais été coupée avant la mise en eau, laissant sous la surface une véritable forêt figée. Trente ans plus tard, ce décor englouti est devenu une ressource économique. L’entreprise Voltalia récupère ces troncs immergés pour les transformer en combustible destiné à sa centrale biomasse.

Ce qui surprend, c’est l’état de conservation du bois. Privés d’oxygène au fond du lac, beaucoup de troncs ont été relativement bien préservés. On est loin de l’image d’une matière totalement pourrie ou inutilisable. Cette exploitation s’appuie donc sur une sorte de gisement involontaire, né d’un ancien projet hydroélectrique et désormais présenté comme une opportunité énergétique.

Le vrai problème climatique n’est pas là où on regarde

On pourrait croire que ces arbres en décomposition sont la principale bombe carbone du lac. Mais selon une synthèse de l’Office français de la biodiversité, le cœur du problème se situe surtout ailleurs. Les émissions nettes de gaz à effet de serre proviennent avant tout de l’énorme stock de carbone contenu dans les sols ennoyés. En clair, ce ne sont pas principalement les troncs immergés qui relâchent du carbone, mais les terres submergées lors de la création du barrage.

Ce point change la lecture du dossier. Le bois récupéré n’efface pas l’impact climatique du site, même s’il valorise une ressource déjà présente. Il faut aussi rappeler qu’une centrale biomasse n’est pas automatiquement verte. Brûler du bois émet du CO2, même si le secteur défend souvent l’idée d’un cycle plus équilibré que celui des énergies fossiles. Dans le cas de Petit-Saut, l’image de trésor englouti masque donc un bilan beaucoup plus complexe.

Entre prouesse technique et drôle d’héritage

L’exploitation de cette forêt sous-marine fascine, parce qu’elle ressemble à un chantier de science-fiction au milieu de l’Amazonie française. Mais elle raconte surtout l’héritage écologique de grands aménagements pensés il y a des décennies, à une époque où la question climatique pesait bien moins lourd dans le débat public. Ce lac artificiel continue aujourd’hui de produire de l’électricité, tout en relançant de nouvelles discussions sur ce qu’on appelle une énergie propre.

Au fond, Petit-Saut pose une question très actuelle, comment réparer ou rentabiliser les cicatrices laissées par les vieux projets industriels sans se raconter d’histoires sur leur impact réel ?

Mots-cles

#Guyane#barrage de Petit-Saut#biomasse#forêt immergée#climat

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