Environnement

Au fond du lac de Petit-Saut, une forêt ressurgit pour alimenter la biomasse

En Guyane, des arbres noyés depuis près de 30 ans sont coupés au fond d’un lac artificiel. Un chantier qui relance le débat sur biomasse, carbone et biodiversité.

IW

La rédaction

Rédaction InfoWebMédia

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Au fond du lac de Petit-Saut, une forêt ressurgit pour alimenter la biomasse
Au fond du lac de Petit-Saut, une forêt ressurgit pour alimenter la biomasse| Photo d'illustration

Près de 365 kilomètres carrés de forêt ont été engloutis lors de la mise en eau du barrage de Petit-Saut, en Guyane, dans les années 1990. Aujourd’hui, une partie de ces arbres immergés est récupérée pour alimenter une centrale à biomasse, avec une promesse, valoriser un bois bien conservé, mais aussi une vraie controverse écologique derrière.

Une forêt noyée, mais loin d’être disparue

Quand le barrage de Petit-Saut a été créé, une immense surface de forêt tropicale s’est retrouvée sous l’eau. On aurait pu imaginer du bois décomposé, inutilisable, presque réduit à l’état de souvenir. En réalité, les troncs conservés dans les profondeurs du lac sont encore exploitables, car l’immersion a fortement ralenti leur dégradation. C’est ce gisement inattendu qu’une entreprise vient prélever, en coupant les arbres sous l’eau avant de les remonter à la surface.

L’idée vend du rêve industriel, transformer un vestige englouti en ressource énergétique. Le bois récupéré est ensuite destiné à la centrale biomasse de Voltalia. Sur le papier, cela ressemble à une opération de recyclage géante. Sauf que le sujet est moins simple qu’un vieux stock qu’on viendrait juste ramasser. Ce lac artificiel reste l’un des symboles les plus marquants des impacts écologiques liés aux grands barrages en forêt tropicale.

Le vrai nœud du débat, ce n’est pas seulement le bois

Le point clé relevé par des experts de l’Office français de la biodiversité, c’est que les émissions de gaz à effet de serre du barrage proviennent surtout des sols noyés, bourrés de carbone, et pas principalement de la forêt immergée elle-même. Dit autrement, le problème climatique majeur ne vient pas tant des arbres visibles sous l’eau que de tout ce que l’ennoyage a piégé puis transformé dans les sols.

Du coup, exploiter ces troncs ne fait pas disparaître la question de fond. Brûler ce bois dans une centrale biomasse peut être présenté comme une valorisation énergétique, mais cela ne gomme ni l’empreinte initiale du barrage ni les effets durables de l’inondation sur les écosystèmes. Dans une région comme la Guyane, où la biodiversité est exceptionnelle, chaque projet industriel touche à un équilibre très sensible entre production d’énergie, artificialisation et protection du vivant.

Une solution futée, ou un cache-misère vert ?

Les défenseurs du projet mettent en avant une ressource locale déjà présente, sans nouvelle coupe de forêt sur pied. Les critiques, eux, y voient une vitrine pratique pour verdir une infrastructure dont le passif environnemental reste lourd. C’est toute l’ambiguïté de la biomasse, souvent rangée du côté des énergies renouvelables, alors qu’elle peut aussi entretenir des usages très contestés du bois et du carbone.

Au fond, cette forêt engloutie raconte un truc plus large que le seul barrage de Petit-Saut, notre capacité à rebaptiser en opportunité économique les cicatrices laissées par de vieux choix d’aménagement. Est-ce une manière intelligente de limiter le gâchis, ou juste une nouvelle étape dans l’exploitation d’un écosystème déjà sacrifié ?

Mots-cles

#Guyane#barrage de Petit-Saut#biomasse#forêt immergée#environnement

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