En 2026, on estime que 80% des espèces d'insectes sur Terre n'ont toujours pas été décrites par la science, selon l'UICN. La récente comparaison de deux espèces de mantes, patellifera et tenuidentata, par l'entomologiste Roberto Battiston, illustre à quel point la biodiversité reste un chantier immense, même pour des espèces qui vivent sous notre nez.
On découvre encore des bestioles en 2026, et c'est pas rassurant
Le fait qu'on continue de différencier des espèces proches en plein 21e siècle peut sembler anecdotique. Ça ne l'est pas du tout. Chaque espèce identifiée joue un rôle dans son écosystème. Les mantes, par exemple, sont des prédatrices naturelles qui régulent les populations d'insectes nuisibles. Confondre deux espèces distinctes, c'est potentiellement rater des signaux d'alerte sur la santé d'un milieu.
Le problème, c'est que pendant qu'on essaie de cataloguer ce qui existe, les pressions sur l'environnement s'accélèrent. Pollution des sols, artificialisation des terres, pesticides, changement climatique. Tout ça combiné met une pression énorme sur des espèces qu'on n'a même pas encore eu le temps de nommer.
Les insectes disparaissent plus vite qu'on ne les trouve
Les chiffres font froid dans le dos. En Europe, la biomasse d'insectes volants a chuté de 75% en 30 ans selon une étude allemande devenue référence. En France, les populations de papillons de prairie ont baissé de moitié depuis les années 2000. Les causes sont connues : agriculture intensive, perte d'habitats, pollution lumineuse.
Ce qui est moins connu, c'est l'effet cascade. Moins d'insectes signifie moins de nourriture pour les oiseaux, les chauves-souris et les amphibiens. Les pollinisateurs en moins, ce sont des récoltes en danger. On parle d'un effondrement silencieux qui touche toute la chaîne alimentaire, nous compris.
Ce qu'on peut faire sans attendre les COP
La bonne nouvelle, c'est que des solutions existent à l'échelle locale. Laisser des zones sauvages dans les jardins, réduire l'éclairage nocturne, limiter les pesticides dans les espaces verts municipaux. Plusieurs villes françaises ont déjà adopté des plans de gestion différenciée pour leurs espaces verts, avec des résultats mesurables en quelques années.
Le financement de la recherche en taxonomie est aussi un levier. Des chercheurs comme Battiston travaillent souvent avec des moyens dérisoires. Identifier et décrire les espèces, c'est la base de toute politique de conservation. On ne protège pas ce qu'on ne connaît pas.
La prochaine fois que vous croisez un insecte bizarre dans votre jardin, dites-vous qu'il n'a peut-être même pas encore de nom scientifique. Et que son rôle dans l'écosystème est probablement plus important que le vôtre. C'est dit avec amour.