Selon l'Anses, 47 % des adultes français et près d'un enfant sur cinq dépassent le seuil de concentration critique en cadmium dans l'organisme. C'est trois à quatre fois plus que chez nos voisins européens. Ce métal lourd, classé cancérogène et mutagène, se retrouve dans presque toute notre alimentation quotidienne, des céréales du petit-déjeuner au chocolat en passant par le pain et les pâtes.
Un poison invisible dans chaque repas
Le cadmium n'a ni goût ni odeur. Impossible de le détecter dans votre bol de céréales ou votre assiette de riz. Il est pourtant là, absorbé par les plantes via des sols contaminés par des décennies d'engrais phosphatés. L'Anses a identifié les aliments les plus touchés : céréales du petit-déjeuner, pain, viennoiseries, biscuits, riz, pâtes, pommes de terre et chocolat. Bref, le cadmium est dans quasiment tout ce qu'on mange au quotidien.
Les conséquences sur la santé ne sont pas anodines. Atteintes rénales, fragilité osseuse, troubles du développement neurologique chez les enfants, cancers du pancréas, de l'intestin et de la vessie. « Si les niveaux d'exposition actuels se maintiennent et qu'aucune action n'est mise en place, des effets néfastes à terme sont probables pour une part croissante de la population », prévient Géraldine Carne, coordinatrice de l'expertise à l'Anses. Le mot « bombe sanitaire » n'est pas de nous, il vient des scientifiques eux-mêmes.
Des engrais marocains dans nos champs, du cadmium dans nos reins
Le problème part des sols agricoles. Les engrais minéraux phosphatés, principalement importés du Maroc, sont la source majeure de contamination. Plus on en épand, plus le cadmium s'accumule dans la terre, puis dans les plantes, puis dans nos assiettes. Dès 2019, l'Anses recommandait d'abaisser le seuil de cadmium dans les engrais à 20 milligrammes par kilo. Sept ans plus tard, la France applique toujours un seuil de 90 milligrammes par kilo. La norme européenne, à 60 milligrammes, n'est pas beaucoup mieux.
Et le bio n'est pas épargné. L'agriculture biologique est autorisée à utiliser ces mêmes engrais phosphatés. Acheter bio ne protège donc pas forcément du cadmium. L'Anses suggère aux agriculteurs de se tourner vers des sources de roche phosphatée moins contaminées ou des techniques alternatives. Elle recommande aussi aux consommateurs de remplacer une partie des céréales par des légumineuses, « beaucoup moins polluées au cadmium que le riz ou les pâtes ».
Manger des lentilles pour se protéger, vraiment ?
L'Anses fait ce qu'elle peut avec les moyens d'une agence scientifique : alerter, recommander, publier des études. Mais le vrai levier est réglementaire. Et là, c'est le silence. Les seuils français sont 4,5 fois supérieurs à ce que préconisent les experts depuis sept ans. L'agriculture reste accrochée à ses engrais bon marché. Quand la France est trois fois plus contaminée que l'Allemagne, la question n'est plus scientifique mais politique : qui va oser imposer des normes strictes à une filière agricole déjà sous tension ?