Quatre films en sélection, tous liés à l’Occupation, ce n’est pas un hasard de programmation. À Cannes 2026, cette période sombre refait surface avec force, de « Moulin » de László Nemes à « La Troisième Nuit » de Daniel Auteuil, et rappelle à quel point le cinéma capte les angoisses politiques du moment.
Quand Cannes regarde en arrière, ce n’est jamais juste par nostalgie
Voir surgir autant de récits situés sous l’Occupation dans un même festival dit quelque chose de notre époque. Le cinéma ne ressort pas cette page de l’histoire française pour le simple plaisir du film en costumes. Il y revient parce que cette période concentre des questions brûlantes, la peur, la compromission, la résistance, le poids du silence et la manière dont une société se raconte quand elle vacille. Chez László Nemes, cinéaste déjà obsédé par les zones les plus troubles de l’histoire européenne, le sujet promet une plongée tendue et morale. Chez Daniel Auteuil, on attend sans doute un regard plus intime, plus humain, centré sur les choix ordinaires qui deviennent soudain décisifs.
Des films d’époque, mais des échos très actuels
Ce retour de l’Occupation à l’écran tombe dans un climat où l’Europe reparle sans cesse d’autorité, de frontières, de nationalisme et de fractures démocratiques. C’est là que ces œuvres deviennent plus que des reconstitutions. Elles interrogent notre présent sans forcément le nommer. Qui obéit, qui détourne les yeux, qui aide, qui profite, qui résiste, ce sont des questions historiques, mais aussi contemporaines. Pour un public de 18 à 35 ans, souvent abreuvé de débats instantanés sur les réseaux, ce type de cinéma peut offrir autre chose qu’une réaction à chaud, un espace pour penser les nuances, les responsabilités et les ambiguïtés. Et c’est précisément ce qui rend le sujet puissant, même quatre-vingts ans plus tard.
La mémoire au cinéma, version nerveuse et vivante
Le plus intéressant, c’est que cette vague ne ressemble pas forcément au cinéma mémoriel scolaire qu’on redoute parfois. À Cannes, les films choisis cherchent souvent une forme forte, une mise en scène qui secoue, une façon de faire sentir physiquement l’histoire. L’Occupation n’y apparaît pas comme un bloc figé, mais comme un terrain de tensions très cinégénique, où les gestes minuscules peuvent devenir énormes. En remettant cette période sous les projecteurs, le festival rappelle aussi que la culture sert à rouvrir les questions qu’on croyait classées. Et si le vrai enjeu n’était pas de savoir pourquoi ces films arrivent maintenant, mais pourquoi ils nous paraissent soudain si proches ?
