33,36 milliards d’euros, c’est la nouvelle estimation officielle du coût de Cigéo, le gigantesque projet d’enfouissement des déchets radioactifs à Bure, dans la Meuse. En 2016, l’État parlait encore de 25 milliards. En moins de dix ans, la facture a donc gonflé de plus de 8 milliards, un bond qui relance les critiques sur la gestion économique du nucléaire français.
Une poubelle nucléaire toujours plus chère
Cigéo, pour Centre industriel de stockage géologique, doit accueillir à 500 mètres sous terre les déchets radioactifs les plus dangereux produits par les centrales nucléaires françaises. Le chantier est piloté par l’Andra, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs. Sur le papier, l’idée est simple, enfouir durablement ce que personne ne sait vraiment neutraliser. Dans la réalité, le projet est un casse-tête technique, politique et financier depuis des années.
La nouvelle estimation validée par l’État atteint précisément 33,36 milliards d’euros. Cette réévaluation tient notamment compte de l’inflation, de l’évolution du calendrier et des choix techniques plus complexes que prévu. Le projet n’est toujours pas entré en phase d’exploitation, mais son coût continue déjà de s’alourdir, ce qui alimente l’image d’un nucléaire incapable de tenir ses promesses budgétaires sur le long terme.
Bure, symbole d’un débat qui ne s’éteint jamais
À Bure, ce projet ne fait pas seulement parler pour son prix. Depuis des années, des associations, des riverains et des militants écologistes dénoncent un enfouissement présenté comme une solution définitive, alors qu’il engage des risques sur des dizaines de milliers d’années. Les opposants pointent aussi une logique assez brutale, produire aujourd’hui, enterrer demain, et laisser les générations futures surveiller l’héritage.
Les défenseurs de Cigéo rétorquent qu’il faut bien gérer ces déchets déjà existants, et que le stockage profond reste l’option jugée la plus sûre par une partie des institutions scientifiques. Mais plus la note monte, plus une question devient gênante, qui paie vraiment ? En pratique, ce sont les producteurs de déchets, comme EDF, Orano et le CEA, qui sont censés financer le projet. Sauf qu’à cette échelle, la frontière entre argent industriel et intérêt public devient vite floue.
Le vrai coût du nucléaire revient sur la table
Cette hausse redonne de la force à un débat souvent esquivé, le nucléaire est-il vraiment une énergie bon marché quand on compte tout, y compris les déchets sur le très long terme ? Entre maintenance des centrales vieillissantes, nouveaux réacteurs au coût incertain et gestion des résidus les plus toxiques, la promesse d’une électricité peu chère paraît de plus en plus fragile.
Au fond, Cigéo raconte quelque chose de plus large que le seul site de Bure. Il pose une question très concrète à la société française, jusqu’où est-on prêt à faire confiance à une technologie dont les bénéfices sont immédiats, mais dont la facture et les risques s’étalent sur des siècles ?