Avec un baril de Brent au-dessus de 107 dollars depuis plus d'un mois et un détroit d'Ormuz bloqué par le conflit au Moyen-Orient, plusieurs pays européens et asiatiques réactivent discrètement leurs centrales à charbon pour compenser les pénuries de gaz naturel. L'AIE qualifie les pertes d'approvisionnement de plus graves que les crises pétrolières de 1973 et 1979 combinées. La transition énergétique, déjà fragile, prend un coup majeur.
Le charbon revient par la porte de derrière
Quand le gaz naturel devient rare et cher, les gouvernements font ce qu'ils ont toujours fait : ils rallument les centrales à charbon. C'est exactement ce qui s'était passé en 2022 après l'invasion de l'Ukraine, quand l'Allemagne avait relancé ses centrales au lignite pour passer l'hiver. En 2026, le scénario se répète, mais à plus grande échelle. Les réserves stratégiques de gaz s'amenuisent, les prix sur les marchés spot explosent, et la priorité politique est de garder les lumières allumées, pas de respecter les objectifs climatiques.
Le problème, c'est que chaque mois de fonctionnement d'une centrale à charbon émet autant de CO₂ que des milliers de voitures en un an. L'Europe avait prévu de réduire ses émissions de 55 % d'ici 2030 par rapport à 1990. Avec la crise actuelle, cet objectif devient mathématiquement irréaliste si les centrales fossiles tournent à plein régime pendant plusieurs trimestres.
Les renouvelables ne peuvent pas tout absorber du jour au lendemain
C'est l'argument que les partisans des énergies fossiles brandissent à chaque crise : le solaire et l'éolien ne peuvent pas remplacer le pétrole et le gaz quand il faut de l'énergie massivement et immédiatement. Et sur le court terme, ils n'ont pas tort. Les capacités renouvelables installées en Europe couvrent environ 40 % de la production électrique, mais elles sont intermittentes et ne remplacent pas directement les hydrocarbures utilisés dans l'industrie, le transport et la pétrochimie.
Ce que cette crise révèle, c'est la vulnérabilité structurelle d'un système encore dépendant à 60 % des combustibles fossiles. La transition énergétique est un marathon, pas un sprint. Et chaque crise géopolitique qui fait flamber les prix de l'énergie rappelle brutalement que les alternatives ne sont pas encore assez développées pour absorber le choc. Les investissements dans les renouvelables continuent d'augmenter, mais ils sont mangés par l'urgence du court terme.
Les pénuries d'engrais azotés, fabriqués à partir de gaz naturel, ajoutent une dimension alimentaire à la crise environnementale. Moins d'engrais signifie moins de rendements agricoles, plus de pression sur les terres cultivables et potentiellement plus de déforestation dans les pays qui compensent par l'extension des surfaces. Le cercle vicieux est parfait. Est-ce que cette crise servira de déclic pour accélérer massivement les investissements dans les renouvelables, ou est-ce qu'elle sera, comme les précédentes, un prétexte pour repousser les engagements climatiques à plus tard ?