Environ 20 000 marins sont toujours bloqués sur 3 200 navires dans le détroit d'Ormuz depuis le début du conflit entre les États-Unis, Israël et l'Iran. Parmi eux, une cinquantaine de Français. Huit marins ou dockers ont déjà été tués, quatre sont portés disparus et dix blessés, selon l'Organisation maritime internationale. Un marin français rapatrié vient de témoigner anonymement sur franceinfo.
« Des gros boum tous les jours »
Son récit glace le sang. Enfermé dans sa cabine sous la passerelle du navire, ce marin a entendu des explosions quotidiennes pendant des semaines. « Quand j'étais dans la cabine, j'ai entendu plein de fois des gros boum très impressionnants. On craignait qu'un débris nous tombe dessus, un missile, un drone, on ne sait jamais. Tous les scénarios sont possibles. » L'équipage a travaillé sur des plans d'évacuation. Abandonner le navire en 24 heures. Ou en une demi-heure.
À bord, les réactions oscillaient entre lucidité et déni. Certains prenaient la mesure de la situation, d'autres refusaient d'entendre les détonations. Tous mentaient à leurs familles. « Comme la plupart de mes collègues, je disais : c'est très safe ici, il ne se passe rien. On modifie les faits pour que ce ne soit pas anxiogène pour la famille. » Aujourd'hui rentré en France, ce marin sursaute encore au moindre bruit inhabituel.
Quand l'Iran menace de frapper les ports
La situation a basculé quand Téhéran a communiqué que n'importe quel port du Golfe pouvait devenir une cible. « Là, je vous garantis qu'on se sent beaucoup moins en sécurité. On est sur le qui-vive en permanence. » Les compagnies maritimes emploient des référents sécurité, souvent d'anciens militaires, pour conseiller les équipages. Mais face à la menace de frappes sur les quais eux-mêmes, les protocoles ne suffisent plus à rassurer.
Ce marin est catégorique : il ne repartira pas. « Hors de question d'embarquer en prenant un risque inconsidéré. » Pourtant, des milliers de collègues n'ont pas ce choix. Sur les 3 200 navires immobilisés, des dizaines de nationalités cohabitent dans l'angoisse. Trois millions de conteneurs du groupe français Geodis sont bloqués. Les conséquences économiques se font sentir jusqu'en France, où le prix du gazole atteint un niveau inédit depuis 1985.
L'OTAN sous tension, l'Europe divisée
Le conflit au détroit d'Ormuz ne se limite pas à une crise maritime. Washington reproche à plusieurs pays européens d'avoir refusé l'utilisation de leurs bases militaires pour les opérations américaines. Marco Rubio menace de « réévaluer » l'engagement des États-Unis dans l'OTAN. L'Alliance atlantique, déjà fragilisée par les critiques répétées de Donald Trump, traverse sa pire crise de confiance depuis des décennies. Pendant que les diplomates s'affrontent, 20 000 marins attendent toujours de savoir quand ils pourront rentrer chez eux. Combien de temps le monde peut-il détourner le regard d'un détroit où transitait un tiers du pétrole mondial ?