Alors que les dépenses militaires mondiales ont dépassé les 2 000 milliards de dollars ces dernières années, deux responsables internationaux tirent la sonnette d’alarme, investir dans l’école rapporte bien plus à long terme pour la paix. Pour l’Unesco et le Partenariat mondial pour l’éducation, chaque enfant scolarisé est une barrière de plus contre la violence.
Quand les budgets d’armement explosent, l’école recule
Dans leur tribune, Khaled El-Enany, directeur général de l’Unesco, et Laura Frigenti, directrice générale du Partenariat mondial pour l’éducation, pointent un paradoxe assez brutal. Le monde dit vouloir la stabilité, mais il met surtout son argent dans le réarmement. En parallèle, des millions d’enfants restent privés d’une éducation de qualité, notamment dans les pays touchés par les crises, les conflits ou les déplacements de population. Or, quand l’école s’effondre, les fractures sociales se creusent, les inégalités explosent et les discours extrêmes gagnent du terrain.
Leur message est simple, la paix ne se construit pas seulement autour d’une table diplomatique ni avec des arsenaux plus gros. Elle commence aussi dans une salle de classe, avec des profs formés, des filles qui peuvent poursuivre leurs études, des programmes qui apprennent à débattre, à comprendre l’autre et à résoudre les tensions sans violence. Dit autrement, l’éducation n’est pas une dépense secondaire. C’est une infrastructure de sécurité collective.
L’école, un investissement qui change vraiment la donne
Ce plaidoyer repose sur une idée de plus en plus documentée, plus le niveau d’éducation progresse, plus les sociétés deviennent résilientes. Une population éduquée accède mieux à l’emploi, à la santé, à l’information fiable et à la participation démocratique. Cela réduit les risques de manipulation, de radicalisation et d’enrôlement dans des groupes armés. L’école joue aussi un rôle clé après une guerre, parce qu’elle aide à recréer du lien social et à redonner des perspectives à une jeunesse qui pourrait sinon basculer dans le désespoir.
Les deux responsables insistent aussi sur un point souvent sous-estimé, l’éducation des filles. Quand les filles vont à l’école plus longtemps, les bénéfices dépassent largement le cadre scolaire. Les mariages précoces reculent, la santé des familles s’améliore, la pauvreté diminue et la stabilité sociale progresse. Dans un monde où les crises s’enchaînent, c’est l’un des leviers les plus puissants, et pourtant encore trop sous-financés.
Moins spectaculaire que les armes, mais bien plus durable
Le fond de leur tribune, c’est donc une bataille de priorités. Les armes donnent l’illusion d’une réponse immédiate. L’éducation, elle, demande du temps, de la constance et une vraie vision politique. Mais c’est justement ce qui en fait un choix stratégique. Former des citoyens, protéger l’accès à l’école en zone de crise et financer des systèmes éducatifs solides, c’est investir dans une paix qui tient debout. La vraie question, maintenant, c’est peut-être celle-ci, combien de conflits pourrait-on éviter si l’on traitait enfin l’éducation comme une urgence mondiale ?