Trente figures de la scène électro française viennent de signer une tribune dans Libération pour dénoncer la proposition de loi numéro 1133, portée par la députée Horizons Lætitia Saint-Paul. Le texte, débattu à l'Assemblée nationale le 9 avril, prévoit jusqu'à six mois de prison et 5 000 euros d'amende pour les organisateurs de free parties non déclarées.
Laurent Garnier, Barbara Butch et le Rex Club dans le même camp
La liste des signataires ressemble à un line-up de festival. Laurent Garnier, pionnier absolu de la techno française. Barbara Butch, directrice artistique de la Nuit Blanche 2026. Chloé, Rebeka Warrior, Pedro Winter (le boss du label Because, maison de Justice et Christine and The Queens). À leurs côtés, les patrons de clubs parisiens mythiques comme Bruno Blanckaert du Rex Club ou Arnaud Perrine du Glazart. Et même Frédéric Hocquard, adjoint au maire de Paris chargé de la vie nocturne. Bref, tout ce qui compte dans l'électro hexagonale s'est mis d'accord sur un point : cette loi va trop loin.
Dans leur tribune, ils rappellent que c'est la cinquième tentative en vingt-cinq ans de durcir la législation contre les free parties. Depuis l'amendement Mariani de 2001, le même scénario se répète tous les cinq ou dix ans. Sauf que cette fois, le texte élargit dangereusement la notion d'organisation. Partager l'adresse d'une teuf sur les réseaux sociaux ou installer un espace chill sur le terrain pourrait suffire à vous envoyer devant un tribunal.
Six mois de prison pour avoir partagé une localisation GPS
C'est le point qui inquiète le plus les signataires. La proposition de loi étend la responsabilité pénale à « la diffusion d'informations pratiques » et à « l'installation d'un lieu de repos ou de convivialité ». En clair, le mec qui poste un pin Google Maps ou la meuf qui monte une tente pour distribuer de l'eau pourrait être considéré comme co-organisateur. Les artistes dénoncent une « caricature » qui ignore des années de structuration du mouvement. Depuis longtemps, les collectifs de sound systems se sont fédérés, ont créé des associations, formé des bénévoles. Des dispositifs de médiation avec les pouvoirs publics existent et fonctionnent.
Les signataires ne nient pas les enjeux de sécurité ou de nuisances sonores. Mais ils affirment que « l'esprit qui anime ces fêtes est d'abord un esprit d'inclusion et de partage ». Selon eux, durcir la répression ne fera qu'aggraver les tensions avec les forces de l'ordre, tensions qui ont déjà causé des blessés et des destructions de matériel lors d'interventions musclées.
Le 9 avril, jour de vérité
Le débat à l'Assemblée s'annonce tendu. D'un côté, Horizons et une partie de la droite qui veulent en finir avec des rassemblements jugés incontrôlables. De l'autre, un front culturel inédit qui refuse de voir la fête libre transformée en délit. La proposition sera discutée lors de la niche parlementaire du groupe Horizons, ce qui limite le temps de débat. Reste à savoir si les autres groupes politiques prendront position. Et si les milliers de teufeurs concernés décideront, eux aussi, de se faire entendre autrement qu'avec des caissons de basses.