Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz début mars, au moins huit marins ont été tués et 3 200 navires sont bloqués dans la zone. Mais au-delà du bilan humain et économique, une catastrophe environnementale se joue en silence dans le Golfe persique. Navires endommagés par des frappes, fuites de carburant, cargaisons abandonnées en pleine mer : les conséquences écologiques du conflit sont déjà mesurables.
3 200 navires immobilisés, des milliers de tonnes de fuel en attente
Un navire à l'arrêt n'est pas un navire propre. Moteurs au ralenti, systèmes de refroidissement en fonctionnement continu, rejets de ballast, fuites mécaniques liées au vieillissement des équipements. Multipliez ça par 3 200 bateaux coincés dans l'une des mers les plus fermées et les plus fragiles du monde, et vous obtenez un désastre écologique au ralenti. Le Golfe persique est une mer semi-fermée, peu profonde, avec des températures de surface déjà élevées. Sa capacité d'absorption des polluants est limitée.
Les frappes ont touché plusieurs navires. Quand un pétrolier ou un cargo est endommagé en zone de conflit, personne n'envoie de navire antipollution pour contenir les fuites. Les équipages sont en mode survie, pas en mode nettoyage. Les organisations maritimes internationales ont documenté des incidents mais n'ont aucun moyen d'intervenir dans une zone de guerre active. Le pétrole qui fuit se disperse dans une mer où vivent des récifs coralliens, des populations de dugongs et des zones de reproduction de poissons essentielles pour les économies locales.
Le Golfe persique, un écosystème déjà sous pression
Avant même le conflit, le Golfe était l'un des plans d'eau les plus pollués au monde. Des décennies d'exploitation pétrolière intensive, de dessalement massif et de développement côtier effréné (bonjour Dubaï et Abu Dhabi) avaient déjà fragilisé l'écosystème. Les récifs coralliens du Golfe, adaptés à des températures extrêmes, survivaient mais étaient en déclin. La salinité augmentait à cause des usines de dessalement qui rejettent de la saumure concentrée. Les mangroves reculaient sous la pression de l'urbanisation.
La guerre ajoute une couche de stress sur un système déjà au bord de la rupture. Les experts en écologie marine comparent la situation à celle de la guerre du Golfe de 1991, quand des millions de barils de pétrole avaient été déversés volontairement par l'armée irakienne. Les dégâts avaient mis plus de dix ans à se résorber, et certains écosystèmes côtiers du Koweït ne s'en sont jamais remis.
Quand le conflit s'arrêtera, qui nettoiera ?
Personne ne parle de l'environnement quand des marins meurent et que le pétrole flambe à 107 dollars le baril. C'est compréhensible. Mais l'histoire montre que les guerres laissent des cicatrices écologiques qui durent des décennies. Le Golfe persique fournit l'eau dessalée de millions de personnes au Moyen-Orient. Si cette eau devient impropre au traitement, c'est une crise humanitaire supplémentaire qui s'ajoute à toutes les autres. Qui intégrera le coût environnemental dans les négociations de paix, si tant est qu'elles arrivent un jour ?