L'Australie a voté ce 1er avril sa première loi encadrant les cryptomonnaies. Les plateformes d'échange et les prestataires de garde qui détiennent des actifs numériques pour le compte de clients devront obtenir une licence de services financiers auprès de l'ASIC, le gendarme boursier australien. Délai : six mois. Le pays estime pouvoir capter jusqu'à 24 milliards de dollars australiens par an grâce à la finance numérique, soit environ 1 % de son PIB.
Le Far West crypto touche à sa fin en Australie
Le projet de loi crée deux nouvelles catégories réglementées. Les plateformes d'actifs numériques, qui conservent des cryptos pour les utilisateurs (Binance, Kraken, OKX et consorts). Et les plateformes de conservation tokenisée, qui détiennent des actifs réels et émettent un jeton numérique correspondant. Les deux devront se soumettre aux mêmes règles que les courtiers ou gestionnaires de fonds traditionnels.
Concrètement, cela implique de protéger les actifs des clients dans des comptes séparés, de fournir des documents d'information standardisés, d'éviter les comportements trompeurs et de mettre en place des systèmes de résolution de litiges. L'idée n'est pas de réguler le bitcoin ou l'ether en tant que tels, mais de cibler les intermédiaires qui contrôlent les fonds. Les faillites retentissantes des dernières années, FTX en tête, ont montré ce qui arrive quand les fonds des clients sont mélangés avec ceux de la plateforme ou utilisés à d'autres fins.
24 milliards de dollars par an, mais à condition de jouer le jeu
Le Centre de Recherche Coopératif en Finance Numérique australien a chiffré le potentiel : marchés tokenisés, paiements numériques et actifs crypto pourraient rapporter jusqu'à 24 milliards de dollars australiens par an au pays. Sauf que sans cadre légal clair, l'Australie était en route pour n'en capter qu'un milliard d'ici 2030. La loi change la donne. Un porte-parole de Kraken a salué un « signal clair » qui donne aux entreprises la confiance nécessaire pour investir et se développer localement. Kate Cooper, patronne d'OKX Australie, parle d'un « moment pivot » pour l'arrivée des investisseurs institutionnels.
L'Australie rejoint ainsi un mouvement mondial. L'Europe a son règlement MiCA, entré en vigueur en 2024. Le Japon et Singapour ont leurs propres cadres de licences. Hong Kong tente de rattraper son retard, même si la délivrance des premières licences pour les stablecoins en dollars hongkongais a pris du retard par rapport au calendrier initial de mars. La tendance est partout la même : les gouvernements ne cherchent plus à interdire la crypto, ils veulent la domestiquer.
Six mois pour se mettre en règle, sinon dehors
Le délai de six mois est serré. Les petites plateformes qui opéraient jusque-là sans cadre réglementaire vont devoir investir rapidement dans la conformité, recruter des responsables conformité et adapter leurs systèmes. Certaines n'y survivront pas. Pour les grands acteurs, c'est au contraire une aubaine : plus le cadre est strict, moins il y a de concurrents sauvages. Reste la question que tout le monde dans la crypto se pose depuis des années : est-ce que réguler comme la finance traditionnelle va protéger les investisseurs ou juste tuer l'innovation qui faisait l'intérêt du secteur à la base ?