L’Union européenne représente près de 450 millions d’habitants, mais sa croissance patine et son industrie recule face aux États-Unis et à la Chine. À Bruxelles, le constat devient frontal, l’économie européenne va mal. Résultat, les dirigeants commencent à revoir des règles longtemps considérées comme intouchables, notamment sur la concurrence, l’investissement public et la souveraineté industrielle.
Le grand réveil après des années de pilote automatique
Pendant longtemps, l’Europe s’est pensée comme un immense marché ouvert, avec une idée simple, laisser circuler librement les biens, les capitaux et les entreprises devait suffire à créer de la prospérité. Sauf que le décor a changé. La guerre en Ukraine a rappelé la fragilité énergétique du continent. L’inflation a secoué les ménages. Et surtout, la compétition mondiale est devenue beaucoup plus musclée.
Les États-Unis subventionnent massivement leurs filières stratégiques, notamment dans les technologies vertes. La Chine, elle, protège son marché tout en soutenant ses champions industriels. Dans ce match, l’Europe a souvent donné l’impression de jouer avec des règles plus strictes que tout le monde. De plus en plus de responsables européens admettent que ce logiciel n’est plus adapté à la réalité actuelle.
Industrie, énergie, défense, les nouveaux mots d’ordre
Le changement se voit déjà dans plusieurs dossiers. L’Union parle davantage de souveraineté économique, de relocalisation et de politique industrielle. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de garantir la concurrence, mais aussi de préserver des secteurs jugés vitaux. Batteries, semi-conducteurs, défense, intelligence artificielle, médicaments, la liste s’allonge.
Cette inflexion passe aussi par une plus grande tolérance aux aides publiques, ce qui aurait été bien plus difficile à imaginer il y a quelques années. L’idée progresse qu’un marché totalement ouvert ne protège pas forcément les intérêts européens. Derrière cette prise de conscience, il y a aussi une peur très concrète, voir partir les usines, les emplois qualifiés et l’innovation vers des pays qui assument, eux, une stratégie offensive.
Le vrai défi, agir vite sans casser l’Europe
Reste un énorme problème, tout le monde n’a pas la même vision du remède. Certains pays veulent investir davantage et assouplir fortement les règles. D’autres craignent une Europe à deux vitesses, où les États les plus riches pourraient soutenir leurs entreprises beaucoup plus facilement que les autres. La bataille ne porte donc pas seulement sur l’économie, mais aussi sur l’équilibre politique du projet européen.
Une chose semble quand même acquise, le temps de l’innocence économique est terminé. L’Union commence à comprendre qu’être un grand marché ne suffit plus dans un monde de rapports de force. La vraie question, maintenant, c’est de savoir si ce réveil arrive assez tôt pour éviter un décrochage durable.
