Ce mercredi 1er avril à minuit, les élèves de terminale doivent confirmer leurs vœux sur Parcoursup. Derrière cette échéance, un constat s'impose : près de 80 000 lycéens ont choisi la doublette mathématiques et physique-chimie, ce qui en fait de loin la combinaison de spécialités la plus populaire. Sur les dix duos les plus choisis, les maths apparaissent quatre fois. La réforme Blanquer devait diversifier les parcours. Elle a recréé le bac S sous un autre nom.
La « voie royale » que personne n'a réussi à casser
Quand Jean-Michel Blanquer a lancé la réforme du bac en 2021, la promesse était claire : les élèves choisiraient leurs spécialités par envie, pas par conformisme. Cinq ans plus tard, c'est l'inverse qui s'est produit. « Les élèves ont très vite enregistré l'idée que les maths, couplées à une autre matière scientifique, seraient une voie royale », constate Raphaël Giromini, professeur de mathématiques à Toulouse et membre du SNES-FSU. « Le problème, c'est que les élèves ne prennent pas tous les maths par envie, ils se calquent sur certains attendus du supérieur. »
Le mécanisme est simple. Les formations les plus sélectives sur Parcoursup, prépas scientifiques, écoles d'ingénieurs, médecine, affichent clairement leur préférence pour les profils maths-physique ou maths-SVT. Les lycéens et leurs parents le savent. Résultat, tout le monde se précipite sur les mêmes spécialités pour ne pas se fermer de portes. C'est exactement la reproduction de l'ancien système où plus de la moitié des lycéens faisaient bac S, souvent sans vocation scientifique particulière, juste pour garder toutes les options ouvertes.
62 % de garçons en maths-physique, 78 % de filles en théâtre
La réforme a aussi aggravé les inégalités de genre. En maths-physique, les classes comptent 62 % de garçons et 38 % de filles. À l'inverse, les spécialités artistiques sont massivement féminines : 63 % de filles en cinéma-audiovisuel, 78 % en théâtre. Les stéréotypes que la réforme devait atténuer se sont renforcés. Quand les filières étaient imposées (S, ES, L), la mixité était mécaniquement plus équilibrée. Avec le libre choix, les biais inconscients jouent à plein.
Pour les élèves de seconde et de première qui doivent arrêter leurs spécialités d'ici juin, le dilemme est réel. Choisir ce qui plaît et risquer de se retrouver avec un profil « atypique » sur Parcoursup, ou choisir ce qui rassure les algorithmes et les formations du supérieur. Les enseignants interrogés par franceinfo conseillent un compromis : une spécialité « stratégique » et une spécialité « passion ». Mais dans les faits, la pression du système pousse la majorité vers le conformisme pur.
Parcoursup, machine à trier ou machine à stresser ?
Le vrai problème dépasse les spécialités. C'est Parcoursup lui-même qui crée cette course à l'armement. Quand chaque choix de lycée est scruté par un algorithme, quand chaque note compte pour un classement opaque, les élèves optimisent au lieu d'explorer. À 15 ans, on leur demande de penser comme des stratèges de l'orientation. Est-ce vraiment la meilleure façon de former des adultes curieux, ou juste la plus efficace pour remplir des tableurs ?