On respire des pesticides interdits depuis des annees, et on ne le savait pas (ou pas assez). Atmo France vient de publier les resultats d'une campagne de mesures sur 120 sites dans 13 regions : 47 molecules de pesticides interdites depuis au moins trois ans en Europe ont ete detectees dans l'air ambiant. Certaines depassent les seuils de precaution de l'Anses. En gros, interdire un pesticide ne le fait pas disparaitre.
Des molecules qui refusent de partir
Le lindane, interdit depuis 1998, a ete retrouve sur 78 des 120 sites de mesure. Le chlorpyrifos, retire du marche en 2020, est present dans 62 % des echantillons en zones agricoles. La Dr Isabelle Roussel, toxicologue a l'Inserm, explique le mecanisme : les sols contamines continuent de liberer ces molecules par evaporation, un phenomene appele volatilisation, qui peut durer des decennies. Les regions les plus touchees sont les Hauts-de-France, la Bretagne et l'Occitanie, trois zones d'agriculture intensive. C'est le genre de resultat qui met les choses en perspective.
Les risques sanitaires sont documentes
L'OMS classe plusieurs de ces molecules comme perturbateurs endocriniens averes ou probables. Le lindane est reconnu cancerogene certain (groupe 1) par le CIRC. Les populations les plus exposees sont les habitants des zones rurales, les agriculteurs et leurs familles. Une etude de l'Inserm de 2025 avait deja etabli un lien entre l'exposition aerienne aux pesticides et une augmentation de 23 % du risque de leucemie infantile dans un rayon de 500 metres des parcelles traitees. Ca pique. L'Anses a lance une evaluation approfondie, conclusions attendues en septembre 2026.
Et maintenant, on fait quoi ?
Generations Futures, Greenpeace et France Nature Environnement reclament un plan national de decontamination des sols agricoles. La FNSEA demande un accompagnement financier pour les exploitants. La Confederation paysanne, elle, plaide pour accelerer la transition vers l'agroecologie. Le ministere de l'Agriculture a annonce une mission d'inspection en avril. On ne va pas se mentir, la situation est preoccupante. Des millions de Francais respirent quotidiennement des substances interdites depuis des annees, et il n'existe pas encore de plan concret pour nettoyer les sols. Reste a voir si cette etude sera le declencheur d'une vraie action.