L'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) vient de rendre un rapport très attendu sur les PFAS, ces « polluants éternels » présents dans les poêles, les emballages alimentaires, les vêtements imperméables et des milliers de produits du quotidien. Verdict : ces substances sont « nocives » et présentent des « risques croissants » pour la population et l'environnement. Les experts recommandent une « restriction large » à l'échelle de l'Union européenne.
Des molécules qui ne disparaissent jamais
On les appelle « éternels » parce qu'ils mettent des siècles à se décomposer. Les PFAS, ce sont des milliers de substances chimiques utilisées pour rendre les produits antiadhésifs, imperméables ou résistants à la chaleur. Le problème, c'est qu'une fois relâchés dans l'environnement, ils y restent. Ils contaminent les nappes phréatiques, se déplacent sur de longues distances, s'accumulent dans les sols et finissent dans notre sang. Des tests réalisés sur des responsables politiques européens ont montré que 100 % d'entre eux étaient contaminés. On parle de substances liées à des cancers, des troubles de la reproduction et des perturbations du système immunitaire.
Jusqu'ici, l'Union européenne a agi par petits bouts. Depuis janvier, l'eau potable ne doit pas dépasser 0,1 microgramme par litre pour 20 PFAS jugés préoccupants. Les emballages alimentaires auront des seuils de concentration maximale à partir d'août. Les jouets seront débarrassés des PFAS et des perturbateurs endocriniens d'ici 2030. Mais tout ça reste sectoriel. La Commission européenne veut aller plus loin avec une interdiction globale dans les produits de consommation courante, des vêtements aux boîtes à pizza.
Un bras de fer entre industriels et scientifiques
Le rapport de l'ECHA pose les bases scientifiques, mais le vrai combat est politique. Les experts scientifiques de l'agence affirment qu'une interdiction totale serait la méthode la plus efficace pour limiter les dégâts. Chaque dérogation accordée signifie des émissions supplémentaires et des risques mal contrôlés. Sauf que leurs collègues chargés de l'analyse socio-économique tempèrent : dans certains secteurs, il n'existe tout simplement pas d'alternative aux PFAS. Une interdiction générale ne serait « probablement pas proportionnée ».
Résultat, on se dirige vers un compromis. Restriction large avec des exceptions ciblées, étiquetage clair des produits contenant encore des PFAS, et plans de gestion site par site pour les industries qui bénéficieront de dérogations. Le second avis de l'ECHA, l'étude d'impact socio-économique, est attendu en fin d'année. C'est lui qui déterminera la portée réelle de la future réglementation.
Et en attendant, on continue d'en avaler
En France, une enquête récente a révélé que 15 % des réseaux d'eau potable ne sont pas conformes à la réglementation. Les PFAS se retrouvent dans les rivières, dans l'air, dans les aliments. Chaque jour qui passe sans réglementation globale, c'est du polluant éternel supplémentaire qui s'accumule dans l'environnement et dans nos organismes. Quand on sait qu'il faut des siècles pour que ces molécules disparaissent, la question n'est plus de savoir s'il faut agir, mais combien de générations devront encore payer le prix de notre lenteur.