Pour la septième année de suite, le nombre d’enfants et de jeunes privés d’école augmente dans le monde. Ce chiffre, mis en avant dans un rapport publié fin mars, dit quelque chose de brutal, quand les budgets militaires grimpent, l’éducation recule, alors qu’elle reste l’un des investissements les plus efficaces pour éviter les conflits.
Quand on coupe dans l’école, la facture revient plus tard
L’idée défendue est simple, mais lourde de conséquences. Dans une période marquée par le réarmement et les tensions géopolitiques, beaucoup d’États privilégient la sécurité immédiate. Sauf que laisser l’éducation se fragiliser coûte cher, très cher. Une école qui ferme, un enseignant qui manque, une fille qui décroche, ce ne sont pas seulement des parcours individuels cassés. Ce sont aussi des sociétés plus inégales, plus instables et plus vulnérables aux violences.
L’éducation agit en profondeur. Elle améliore la santé, réduit la pauvreté, favorise l’emploi et renforce la confiance dans les institutions. Elle donne aussi des outils pour comprendre le monde, débattre sans basculer dans la haine et résister aux discours extrêmes. Bref, elle prépare à vivre ensemble. Dans un monde saturé de crises, ce n’est pas un luxe moral, c’est une stratégie de stabilité.
Le vrai signal d’alarme, c’est l’inversion de la tendance
Le plus inquiétant n’est pas seulement le niveau du problème, c’est le retournement de dynamique. Après des décennies de progression de la scolarisation, la courbe repart dans le mauvais sens. Cela signifie que des acquis que l’on pensait solides ne le sont plus. Pandémies, déplacements forcés, pauvreté, conflits, effets du climat, tout s’additionne et éloigne des millions de jeunes des salles de classe.
Pour les 18-35 ans, la leçon est assez claire. On parle souvent de défense en termes d’armes, de frontières ou de technologies. Mais une société qui n’investit pas dans sa jeunesse se fragilise de l’intérieur. L’éducation ne protège pas de tout, mais elle réduit les risques de fractures durables. C’est aussi pour ça qu’elle devrait être pensée comme une infrastructure essentielle, au même titre que l’énergie ou la santé.
Et si la vraie puissance se mesurait aussi en salles de classe ?
Derrière le débat budgétaire, il y a une question très politique, qu’est-ce qu’un pays veut sécuriser au juste ? Son présent immédiat, ou sa capacité à tenir dans dix ans ? Miser sur l’école, ce n’est pas être naïf. C’est choisir une forme de puissance moins spectaculaire, mais souvent plus durable. À l’heure où le monde se réarme, qui aura le courage de rappeler qu’un cahier peut parfois prévenir ce qu’aucune arme ne sait réparer ?