Depuis trois mois, les élèves de CM1 de l'école Jeanne d'Arc à Paris n'ont plus de professeur titulaire. Les remplacements sont aléatoires, les méthodes changent d'une semaine à l'autre, et le programme n'est couvert qu'à moitié. Ce mardi, parents et enfants ont installé des chaises sur le trottoir devant l'Inspection académique du 5e arrondissement pour organiser une « classe de rue » et crier leur ras-le-bol.
Pas une leçon d'histoire depuis septembre
« Ils n'ont pas encore eu une seule leçon d'histoire de l'année. » La phrase d'un parent d'élève résume l'ampleur du désastre. Nous sommes fin mars, l'année scolaire est aux deux tiers, et ces gamins de 8-9 ans n'ont couvert que la moitié du programme. Quand un remplaçant débarque, il reste quelques jours, parfois trois semaines, puis disparaît sans explication pour être affecté ailleurs. Les enfants s'adaptent à des visages nouveaux, des méthodes différentes, un rythme cassé en permanence.
Claudia Guichard, mère d'un élève, décrit la situation comme « chaotique ». « Les enfants voient des têtes différentes, doivent se réadapter. Il n'y a aucune continuité pédagogique. » Les jours sans remplaçant, les CM1 sont répartis dans d'autres classes, surchargeant des effectifs déjà tendus. Camille, élève de la classe, résume avec la lucidité de ses 9 ans : « On est trop en retard dans notre programme. » Liliana ajoute : « On s'ennuie et on n'est jamais avec nos copains. »
Un problème qui dépasse largement Paris
L'école Jeanne d'Arc n'est pas un cas isolé. Au Perreux-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, les 27 élèves d'une classe de CE2 vivent le même scénario depuis janvier. Maîtresse absente pour maladie, trois semaines de remplacement avant les vacances d'hiver, puis plus rien. Un remplacement de trois jours est annoncé cette semaine, mais après, c'est le flou total. « Des enfants commencent à être déjà tous démotivés d'aller à l'école », témoigne Cheida André, parent d'élève.
Le problème est structurel. La France manque cruellement de professeurs remplaçants, et la crise de recrutement ne fait qu'empirer. Le jour même de cette classe de rue, près de 10 % des enseignants étaient en grève pour protester contre les suppressions de postes et les fermetures de classes. Le syndicat SNES-FSU dénonce un nombre de CPE « insuffisant » dans tout le pays. Quand on supprime des postes alors qu'on ne parvient déjà plus à couvrir les absences, l'équation devient insoluble.
L'Inspection académique aux abonnés absents
Le détail qui résume tout : sollicitée par France 3, l'Inspection académique n'a pas répondu. Les parents assurent la contacter depuis janvier sans obtenir de solution durable. Des ardoises brandies par des enfants de 9 ans sur un trottoir parisien, avec écrit « On veut un remplaçant ! », c'est une image qui devrait faire réagir. Mais dans un système éducatif où le métier d'enseignant attire de moins en moins, combien de classes de rue faudra-t-il organiser avant qu'on prenne le problème au sérieux ?