Ils sont 108 dans les Pyrénées, un record depuis les premières réintroductions des années 1990. Mais derrière ce chiffre encourageant se cache un problème sérieux : 90 % des ours du massif descendent de seulement deux femelles et un mâle slovènes. La consanguinité progresse, et l'Office français de la biodiversité (OFB) tire la sonnette d'alarme dans son bilan annuel.
Plus nombreux, mais tous cousins
Depuis 2006, la population d'ours bruns augmente en moyenne de 11,5 % par an. En 2024, on comptait au moins 107 individus entre la France, l'Espagne et Andorre. Six portées et huit oursons ont été détectés l'an dernier. Sur le papier, la réintroduction lancée avec des ours venus de Slovénie est un succès. Mais quand presque toute une population partage le même arbre généalogique, les ennuis commencent.
L'association Pays de l'Ours-Adet a fait analyser la situation par un labo indépendant. Résultat : les derniers ours d'origine pyrénéenne pure ont disparu, et la base génétique restante est trop étroite. Les conséquences sont déjà mesurables. Les portées sont plus petites, la fertilité diminue, et les oursons nés de mères très consanguines survivent moins bien. Bref, les ours se multiplient, mais leur patrimoine génétique s'appauvrit à chaque génération.
Le gouvernement temporise, les associations s'impatientent
La solution paraît évidente : lâcher de nouveaux ours pour injecter du sang frais dans la population. Sauf que le cabinet de la ministre de la Transition écologique Monique Barbut répond qu'aucun lâcher n'est prévu « à ce stade ». L'État attend les résultats complets d'une étude commandée pour la fin de l'année. Pendant ce temps, les éleveurs de bovins et d'ovins continuent de contester la présence de l'animal, accusé de s'attaquer au bétail dans les estives.
Alain Reynes, président de Pays de l'Ours-Adet, prévient : « Plus on attend, plus il faudra lâcher d'ours pour corriger la consanguinité. » L'OFB confirme dans ses premiers résultats que la consanguinité réduit la taille des portées, la distance de dispersion des jeunes et la survie des oursons. Le cercle vicieux est enclenché.
Et maintenant, on fait quoi ?
Le paradoxe est frappant. La France a investi des décennies et des millions pour ramener l'ours dans les Pyrénées. Aujourd'hui, le programme est victime de son propre succès limité : assez d'ours pour que les éleveurs protestent, pas assez de diversité génétique pour garantir l'avenir de l'espèce. Faudra-t-il attendre qu'il soit trop tard pour que le prochain convoi d'ours slovènes prenne la route ?