TotalEnergies et le cimentier Holcim viennent d'inaugurer la plus grande centrale solaire flottante d'Europe destinée à l'autoconsommation. Des milliers de panneaux photovoltaïques installés sur un plan d'eau artificiel, sans occuper le moindre hectare de terre agricole ou de forêt. Dans un contexte où le conflit au Moyen-Orient pousse le baril de pétrole au-dessus de 107 dollars, ce type de projet prend un relief tout particulier.
Des panneaux sur l'eau : pourquoi c'est malin
Le concept de centrale solaire flottante résout un problème que tout le monde connaît mais dont personne ne parle assez. Installer des panneaux solaires au sol, ça prend de la place. Beaucoup de place. Et cette place, c'est souvent des champs, des prairies ou des zones naturelles qui disparaissent sous des rangées de modules photovoltaïques. Les agriculteurs râlent, les écologistes aussi, et les élus locaux se retrouvent coincés entre objectifs climatiques et colère des riverains.
En posant les panneaux sur des plans d'eau existants, carrières inondées, bassins de rétention, lacs artificiels, on évite ce conflit d'usage. En prime, l'eau refroidit naturellement les panneaux, ce qui améliore leur rendement. Les études montrent un gain de performance de 5 à 10 % par rapport à une installation au sol équivalente. Et la couverture partielle du plan d'eau limite l'évaporation et freine la prolifération d'algues.
Autoconsommation : l'énergie produite est utilisée sur place
Ce qui rend ce projet intéressant au-delà du symbole, c'est qu'il est conçu pour l'autoconsommation. L'électricité produite alimente directement les installations industrielles de Holcim, l'un des plus gros cimentiers au monde. La production de ciment est extrêmement énergivore et représente environ 8 % des émissions mondiales de CO₂. Réduire la facture énergétique d'un site cimentier avec du solaire local, c'est un pas concret vers la décarbonation d'un secteur qui en a cruellement besoin.
TotalEnergies, de son côté, continue de jouer sur les deux tableaux. La major pétrolière investit dans les renouvelables tout en maintenant ses activités dans le pétrole et le gaz. Les critiques sont connues et légitimes : tant que les investissements fossiles dépassent les investissements verts, la transition reste un argument marketing plus qu'une réalité. Mais les projets comme celui-ci existent, produisent des mégawatts réels, et contribuent à faire baisser les émissions du secteur industriel.
Le solaire flottant représente encore une part marginale de la capacité photovoltaïque mondiale, moins de 1 %. Mais le potentiel est immense. Rien qu'en France, les surfaces de plans d'eau artificiels exploitables se comptent en dizaines de milliers d'hectares. Si cette technologie passe à l'échelle, est-ce qu'on pourrait alimenter une partie de l'industrie lourde sans sacrifier un seul champ ?