Plus de 30 000 ménages ont été expulsés de leur logement en 2025, un record historique en France. La trêve hivernale, qui interdisait les expulsions depuis le 1er novembre, vient de prendre fin ce 31 mars 2026. Des milliers de familles se retrouvent à nouveau sous la menace d'une procédure d'expulsion, dans un contexte de crise du logement qui ne montre aucun signe d'amélioration.
Comment on en est arrivé à mettre 30 000 familles à la rue
Le chiffre est vertigineux et il ne sort pas de nulle part. Depuis plusieurs années, les expulsions locatives augmentent régulièrement. En 2019, on était à environ 16 000. En cinq ans, le nombre a presque doublé. Plusieurs facteurs se combinent. D'abord, la hausse des loyers dans les grandes villes, qui grignote une part toujours plus importante des revenus des ménages modestes. Ensuite, l'inflation post-Covid qui a réduit le pouvoir d'achat sans que les salaires suivent. Et enfin, un durcissement législatif qui facilite les procédures d'expulsion et réduit les délais de recours.
Les associations comme la Fondation Abbé Pierre alertent depuis des années. Le profil des personnes expulsées a changé. Ce ne sont plus uniquement des situations de grande précarité. On trouve des salariés en CDI qui ne parviennent plus à payer leur loyer après une hausse de charges, des familles monoparentales dont les APL ne couvrent plus l'écart, des retraités dont la pension stagne pendant que tout augmente autour d'eux.
La trêve est finie, et il n'y a nulle part où aller
Le problème fondamental, c'est qu'expulser quelqu'un sans solution de relogement revient à le mettre à la rue. Et les solutions de relogement n'existent quasiment pas. Le parc de logements sociaux est saturé, avec des files d'attente de plusieurs années dans les métropoles. La construction de logements neufs a chuté de 25 % en deux ans, plombée par la hausse des taux d'intérêt et le coût des matériaux. Les hébergements d'urgence sont pleins.
Le gouvernement a maintenu une ligne de fermeté budgétaire. Pas de rallonge pour le logement social, pas de moratoire sur les expulsions au-delà de la trêve légale. Les syndicats et associations dénoncent une politique qui aggrave la spirale : moins de logements accessibles, plus d'impayés, plus d'expulsions, plus de personnes sans domicile, plus de coûts sociaux pour l'État. Un cercle vicieux que personne ne semble vouloir briser.
Pour les 18-35 ans, la crise du logement est déjà la réalité quotidienne. Des loyers qui absorbent 40 à 50 % du salaire dans les grandes villes, des garants exigés même pour des CDI, des colocations subies faute de mieux. Les 30 000 expulsions de 2025 ne sont que la partie visible d'un problème qui touche des millions de personnes. À quel moment la France décidera-t-elle que se loger n'est pas un luxe mais un droit qui mérite des investissements à la hauteur ?