Mariana Tata avait 26 ans quand on lui a diagnostiqué un cancer du côlon de stade 4, avec une tumeur de 20 centimètres sur un ovaire. Pendant des mois, elle avait mis ses ballonnements sur le compte de son cycle menstruel et ses saignements sur celui d'hémorroïdes. Son médecin aussi. Quand le scanner est arrivé, il était déjà trop tard pour préserver ses ovaires et toute possibilité de maternité biologique.
Des symptômes banals qui masquent le pire
C'est tout le problème du cancer colorectal chez les jeunes. Les premiers signes ressemblent à des maux du quotidien. Des ballonnements persistants, du sang dans les selles, de la fatigue. Chez une femme de 26 ans, aucun médecin ne pense spontanément au cancer du côlon. On évoque le stress, les règles douloureuses, le syndrome de l'intestin irritable, les hémorroïdes. Les semaines passent, les mois s'accumulent, et la tumeur progresse en silence.
Dans le cas de Mariana, c'est une anémie qui s'aggravait qui a finalement poussé son médecin à prescrire un scanner abdominal. Ce seul examen a tout révélé. Le cancer avait déjà atteint la paroi abdominale. L'ablation des deux ovaires et des trompes de Fallope a été inévitable. À 26 ans, Mariana se retrouve sous chimiothérapie, dépendante de ses parents pour les soins quotidiens, confrontée à des factures médicales lourdes, et privée de la possibilité d'avoir un enfant biologiquement.
Une tendance mondiale qui inquiète les médecins
L'histoire de Mariana n'est pas un cas isolé. Le cancer colorectal chez les moins de 50 ans est en hausse constante dans les pays occidentaux depuis deux décennies. Aux États-Unis, l'étude sur l'espérance de vie publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences pointe des décès précoces inhabituels par cancer colorectal chez les Millennials et la fin de la génération X. En France, le dépistage organisé ne commence qu'à 50 ans. Les jeunes adultes sont donc laissés sans filet.
Les causes exactes de cette augmentation restent débattues. L'alimentation ultra-transformée, la sédentarité, l'obésité précoce, le microbiome intestinal perturbé par les antibiotiques, tout est suspecté mais rien n'est définitivement prouvé. Ce qui est certain, c'est que les cancers diagnostiqués chez les jeunes sont souvent plus agressifs, découverts à un stade plus avancé, et avec un pronostic plus sombre que chez les patients plus âgés.
Quand faut-il s'inquiéter ?
Les spécialistes insistent : des ballonnements qui durent plus de trois semaines, du sang dans les selles même en petite quantité, une fatigue inexpliquée ou une perte de poids soudaine doivent pousser à consulter, quel que soit l'âge. Et si le premier médecin minimise, il faut demander un deuxième avis. Mariana le dit elle-même : le temps perdu à banaliser un symptôme peut coûter bien plus qu'on ne l'imagine. Quand le dépistage organisé commence à 50 ans et que la maladie frappe à 26, qui protège les jeunes adultes ?