La construction de logements neufs a chuté de 25 % en France en deux ans. Le nombre de permis de construire délivrés est au plus bas depuis 2015, et les mises en chantier s'effondrent trimestre après trimestre. Le secteur du bâtiment et des travaux publics représente environ 11 % du PIB français et emploie plus de deux millions de personnes. Quand il tousse, c'est toute l'économie qui s'enrhume.
Les taux d'intérêt ont gelé le marché en quelques mois
Le mécanisme est simple à comprendre. Entre 2022 et 2024, les taux d'intérêt des crédits immobiliers sont passés d'environ 1 % à plus de 4 %. Pour un ménage qui emprunte 250 000 euros sur 25 ans, ça représente plusieurs centaines d'euros de mensualité en plus. Résultat, des centaines de milliers de projets d'achat ont été abandonnés ou reportés. Moins d'acheteurs signifie moins de programmes lancés par les promoteurs, moins de chantiers pour les artisans et les entreprises du BTP, moins de commandes pour les fabricants de matériaux.
En parallèle, le coût des matériaux de construction reste élevé. Le ciment, l'acier et le bois ont subi des hausses importantes depuis la crise Covid et la guerre en Ukraine. La flambée actuelle du pétrole au-dessus de 107 dollars aggrave encore la facture, puisque le transport de matériaux dépend directement du prix de l'énergie. Les promoteurs se retrouvent coincés entre des coûts de production qui explosent et des acheteurs qui ne peuvent plus suivre.
Deux millions d'emplois menacés par effet domino
Le bâtiment, c'est une chaîne économique gigantesque. Un logement neuf fait travailler des architectes, des géomètres, des maçons, des plombiers, des électriciens, des menuisiers, des peintres, des cuisinistes, des déménageurs, des agents immobiliers, des notaires. Quand la construction s'arrête, l'onde de choc se propage dans des dizaines de métiers. Les premières victimes sont les intérimaires et les petites entreprises du BTP qui vivent au chantier le chantier.
Les fédérations professionnelles alertent depuis des mois. Des entreprises ferment, les carnets de commandes se vident, les licenciements commencent. Dans certaines régions, les artisans du bâtiment qui refusaient des chantiers il y a deux ans cherchent désormais du travail. Le retournement est brutal et rapide.
Le paradoxe est criant. La France manque de logements. Les files d'attente pour le logement social s'allongent, les expulsions battent des records, les jeunes actifs ne trouvent pas à se loger dans les métropoles. Et pendant ce temps, on construit de moins en moins. La baisse démographique ne compense pas le déficit accumulé depuis des années. Quand on ne construit pas assez en période de crise, on prépare la pénurie de la décennie suivante. Est-ce que le gouvernement a un plan pour relancer la construction sans réinjecter des milliards qu'il n'a pas, ou est-ce qu'on fonce vers dix ans de crise du logement supplémentaires ?