Une équipe de l'Université pharmaceutique de Shenyang en Chine a développé des gouttes oculaires capables de stopper la croissance de tumeurs de la rétine chez la souris, tout en préservant la vision. L'ingrédient clé : des exosomes extraits de sperme de porc, ces minuscules particules naturelles qui permettent aux spermatozoïdes de franchir les barrières biologiques. Les résultats viennent d'être publiés dans la revue Science Advances.
Du sperme de porc dans les yeux, et c'est de la bonne science
On va passer le stade du « quoi ? » pour aller à l'explication. Les exosomes sont des nanoparticules libérées par quasiment toutes les cellules du corps. Ceux issus du sperme ont une propriété unique : ils savent ouvrir et refermer les jonctions serrées, ces structures qui protègent les surfaces biologiques sensibles. C'est grâce à ça que les spermatozoïdes traversent le tractus reproducteur. Les chercheurs se sont dit : si ça passe là, ça peut peut-être passer la barrière protectrice de la rétine.
Et ça marche. Les exosomes de porc, testés sur des cellules cornéennes humaines, ouvrent temporairement les jonctions de la surface de l'œil, délivrent leur contenu, puis les referment. Pas de dégâts collatéraux, pas de brèche permanente. C'est exactement ce qu'il faut pour acheminer un médicament jusqu'à la rétine, un des endroits les plus difficiles d'accès du corps humain.
Un système qui cible les cellules cancéreuses et laisse le reste tranquille
Les exosomes ne se contentent pas de transporter. Ils sont chargés d'un « système nanozyme » composé de points de carbone, de dioxyde de manganèse et de glucose oxydase, un cocktail conçu pour détruire les cellules tumorales de l'intérieur. Pour améliorer la précision, les chercheurs ont accroché des molécules d'acide folique aux exosomes. Les cellules du rétinoblastome, le cancer de la rétine qui touche principalement les enfants, contiennent beaucoup plus d'acide folique que les cellules saines. Les exosomes se dirigent donc préférentiellement vers les tumeurs.
Chez les souris traitées pendant 30 jours, les tumeurs sont restées petites et la vision a été conservée. Chez les souris ayant reçu les mêmes composants actifs mais sans exosomes, les tumeurs ont continué à grossir et se sont propagées dans l'œil. La preuve que c'est bien la capacité des exosomes à franchir la barrière qui fait toute la différence.
Actuellement, le rétinoblastome se traite par injections directement dans l'œil, chimiothérapie ou laser, des méthodes qui endommagent souvent les parties saines. Des gouttes oculaires non invasives changeraient la donne pour les enfants atteints. Et la technique pourrait aller plus loin : les chercheurs pensent que ces exosomes pourraient aussi franchir la barrière hémato-encéphalique pour traiter des maladies comme Alzheimer. Est-ce que le sperme de porc est en train de devenir, contre toute attente, l'un des vecteurs les plus prometteurs de la médecine de demain ?