Le litre de gazole frôle les 2,20 euros en France ce 1er avril, un niveau jamais vu depuis 1985. En un mois, le prix a bondi de 30 %, dépassant même le pic de mars 2022 au début de la guerre en Ukraine (2,14 euros). Le sans-plomb 95 approche les 2 euros. Et selon plusieurs économistes, le baril de pétrole pourrait grimper jusqu'à 120, 130, voire 150 dollars si le blocage du détroit d'Ormuz se prolonge.
Pourquoi ça explose à la pompe
Tout part du détroit d'Ormuz, ce goulet de 40 kilomètres entre l'Iran et Oman par lequel transitait un tiers du pétrole mondial. Depuis le déclenchement du conflit israélo-américain contre l'Iran fin février, le passage est bloqué. L'offre mondiale de brut s'est effondrée, et les prix se sont envolés mécaniquement. La France est particulièrement exposée parce qu'elle consomme trois fois plus de gazole que d'essence : 28 millions de tonnes contre 11 millions en 2024. Le diesel fait tourner les camions, les tracteurs, les bateaux de pêche et une grande partie du parc automobile des Français.
La Commission européenne ne rassure personne. Mardi, elle a reconnu que la situation pouvait encore s'aggraver et a invité les États membres à réduire leur consommation. Parmi les recommandations : rouler moins, favoriser le covoiturage, baisser la vitesse sur autoroute d'au moins 10 km/h, développer le télétravail et prendre moins l'avion. Des mesures de sobriété qui rappellent les premiers mois de la guerre en Ukraine, sauf qu'on part cette fois de plus haut.
Le gouvernement pris entre deux feux
Sébastien Lecornu marche sur des œufs. Les comptes publics sont dans le rouge, le déficit explose, et le gouvernement refuse de replonger dans le « quoi qu'il en coûte ». Pour l'instant, les aides sont ciblées sur trois secteurs : transporteurs routiers, pêcheurs et agriculteurs. Mais la pression monte. Infirmiers libéraux, aides à domicile, artisans du bâtiment, tous réclament un coup de pouce.
Mercredi après-midi, Lecornu réunit ses ministres avec le carburant en tête d'agenda. Il n'est pas exclu que les aides soient élargies. Mais avec quel argent ? Le Premier ministre a trouvé une piste : utiliser les « surplus » fiscaux générés par la hausse des prix à la pompe pour financer l'électrification des transports. En clair, les taxes supplémentaires que l'État encaisse grâce au carburant cher serviraient à accélérer la transition vers l'électrique. Un raisonnement logique, mais qui ne consolera pas le salarié qui fait 50 kilomètres de gazole chaque matin pour aller bosser.
Le spectre des Gilets jaunes
Le sujet est politiquement explosif. En 2018, une hausse de quelques centimes sur le diesel avait déclenché le mouvement des Gilets jaunes. Aujourd'hui, l'augmentation se chiffre en dizaines de centimes et le contexte social est encore plus tendu. Combien de temps les Français accepteront-ils de payer leur plein à prix d'or pendant que l'État encaisse des recettes fiscales record sur leur dos ?