L'Assurance maladie et les syndicats d'infirmières libérales ont signé un accord mardi 31 mars. À la clé, 503 millions d'euros de revalorisations annuelles pour les 130 000 professionnelles concernées, avec une hausse de 9,5 % des principaux actes infirmiers. Chaque infirmière gagnera environ 410 euros de plus fin 2026, puis 2 500 euros supplémentaires par an en 2027 et 2028.
Pas parfait, mais urgent
Daniel Guillerm, président de la FNI, premier syndicat du secteur, ne cache pas que le texte est un compromis. « On a décidé de signer parce qu'il est utile. L'utile vaut mieux que l'idéal. » Le calcul est pragmatique. Refuser aurait repoussé toute revalorisation à 2027, en pleine campagne présidentielle, autant dire aux calendes grecques. Après des années de stagnation salariale, les infirmières libérales toucheront concrètement environ 306 euros de chiffre d'affaires mensuel supplémentaire fin 2027, dont la moitié en revenu net.
L'entrée en vigueur sera progressive, étalée de 2026 à 2029. Les 503 millions à la charge de l'Assurance maladie seront complétés par 40 millions remboursables par les complémentaires santé. Pour Sébastien Lecornu, c'est « une étape majeure pour accompagner l'évolution de cette profession ». Pour les intéressées, c'est surtout la reconnaissance d'un métier qui tient le système de santé à bout de bras.
Soigner des plaies sans passer par le médecin
L'accord ne se limite pas à l'argent. Il concrétise la réforme de juin 2025 qui a élargi les compétences des infirmières face à la désertification médicale et au vieillissement de la population. Dès 2027, les infirmières pourront prendre en charge directement les plaies simples sans prescription médicale. Fini l'obligation de décrocher une ordonnance pour un soin de base que l'infirmière sait parfaitement gérer.
Autre nouveauté, la « consultation infirmière » sera remboursée 20 euros à partir de 2027. Deux types sont prévus : l'accompagnement des diabétiques de type 2 qui débutent un traitement par insuline, et la mise en place d'un suivi après un bilan de prévention. Les infirmières en pratique avancée verront leurs consultations revalorisées à 21 euros, contre 16 auparavant, avec des forfaits de suivi pour les patients nécessitant un accompagnement renforcé.
Un nouveau rôle dans le système de santé
L'accord crée aussi le statut d'« infirmier référent » pour les patients en affection longue durée. Ce référent coordonnera les différents soignants et assurera le suivi des patients les plus fragiles. Les infirmières volontaires pourront également participer aux soins non programmés, nuits et week-ends compris, avec une rémunération encadrée.
Derrière ces mesures techniques, c'est un changement de philosophie. Quand les médecins manquent, surtout en zone rurale, les infirmières prennent le relais. Mais cette montée en compétences pose une question que personne n'ose formuler franchement : si les infirmières font de plus en plus le travail des médecins, combien de temps avant que la question d'un vrai statut intermédiaire entre les deux professions ne devienne incontournable ?