Selon une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, l'espérance de vie aux États-Unis stagne depuis le début des années 2010. Les générations nées après 1950, en particulier la fin de la génération X et les premiers millennials, enregistrent des taux de mortalité précoce anormalement élevés. Overdoses, suicides, maladies cardiovasculaires et cancers frappent des trentenaires et quarantenaires qui, statistiquement, ne devraient pas mourir aussi tôt.
Des trentenaires qui meurent de maladies de vieux
Le phénomène le plus troublant, c'est l'explosion du cancer colorectal chez les jeunes adultes. Historiquement, c'est une maladie qui touchait surtout les plus de 60 ans. Depuis une quinzaine d'années, les cas se multiplient chez les 25-45 ans, sans explication définitive. L'alimentation ultra-transformée, le manque d'activité physique, l'obésité et le microbiome intestinal perturbé font partie des hypothèses étudiées, mais aucune ne suffit à tout expliquer.
Les maladies cardiovasculaires, elles aussi, touchent des personnes de plus en plus jeunes. Là encore, les facteurs de risque classiques jouent un rôle : sédentarité, stress chronique, alimentation déséquilibrée. Mais les chercheurs pointent aussi des causes systémiques : inégalités socio-économiques croissantes, accès aux soins inégal, précarité professionnelle. Aux États-Unis, ne pas avoir une bonne assurance santé peut transformer un problème bénin en condamnation.
Overdoses et suicides, la crise silencieuse d'une génération
La crise des opioïdes continue de ravager le pays. Plus de 100 000 Américains meurent chaque année d'overdoses, un chiffre qui ne baisse pas malgré les campagnes de prévention et les procès contre les laboratoires pharmaceutiques. Le fentanyl, un opioïde synthétique extrêmement puissant, s'est infiltré dans toute la chaîne de distribution de drogues, rendant chaque prise potentiellement mortelle.
Les suicides augmentent aussi, en particulier chez les hommes de 25 à 44 ans. L'isolement social, la précarité économique et l'accès facile aux armes à feu forment un cocktail dévastateur. Les chercheurs parlent de « morts de désespoir » pour désigner ces décès liés au mal-être social plutôt qu'à une pathologie classique.
Ce qui rend cette étude particulièrement frappante, c'est qu'elle concerne le pays le plus riche du monde. Les États-Unis dépensent plus en santé par habitant que n'importe quel autre pays, et pourtant leur espérance de vie décroche par rapport à l'Europe, au Japon ou à l'Australie. Le système de santé américain excelle pour les traitements de pointe, mais échoue visiblement à maintenir en vie sa population générale.
La France n'est pas épargnée par certaines de ces tendances, notamment la hausse des cancers précoces et des troubles de santé mentale chez les jeunes. Est-ce que les millennials européens suivront la même trajectoire que leurs homologues américains, ou est-ce que nos systèmes de protection sociale suffiront à faire la différence ?