Depuis Tokyo, Emmanuel Macron a répondu mercredi 1er avril aux attaques de Donald Trump, qui avait qualifié la France de « très peu coopérative » sur le conflit en Iran. Devant un parterre de chefs d'entreprise japonais, le président français a vanté la « prévisibilité » de l'Europe, critiquant sans le nommer un allié qui lance des guerres « sans même prévenir » ses partenaires.
« Nous sommes là où vous savez que nous irons »
Macron a choisi ses mots avec soin. Pas de confrontation directe, pas de tweet en majuscules, mais une pique diplomatique bien sentie. « Je sais bien que parfois l'Europe peut être regardée comme un continent plus lent que d'autres », a-t-il concédé. Avant d'ajouter : « La prévisibilité a de la valeur. Nous sommes là où vous savez que nous irons. C'est pas mal, par les temps qui courent, croyez-moi. »
La cible est transparente. Trump reproche à la France d'avoir refusé à Israël le survol de son espace aérien pour acheminer des armes américaines vers l'Iran. « La France a été TRÈS PEU AIDANTE ! Les États-Unis s'en SOUVIENDRONT !!! », avait écrit le président américain sur Truth Social mardi. Macron répond en substance : nous, au moins, on ne change pas d'avis toutes les cinq minutes. Il cible ceux qui disent « nous, on va beaucoup plus vite » mais dont personne ne sait « si après-demain ils seront encore à cet endroit » ou « s'ils ne vont pas prendre une décision qui peut vous heurter sans même vous prévenir ».
Le Japon, tribune idéale pour parler au monde
Le choix du lieu n'est pas anodin. Le Japon, troisième économie mondiale, est directement frappé par la fermeture du détroit d'Ormuz. Pays quasi totalement dépendant des importations de pétrole, Tokyo a besoin de partenaires fiables. Macron joue la carte de l'Europe comme alternative stable face à une Amérique imprévisible. Le message s'adresse autant aux Japonais qu'au reste de l'Asie, où la Chine observe les fissures de l'alliance occidentale avec le plus grand intérêt.
En toile de fond, la crise entre les États-Unis et l'Europe s'aggrave jour après jour. Marco Rubio menace de « réexaminer » l'OTAN. Trump qualifie l'Alliance de « tigre de papier ». L'Espagne et l'Italie refusent leurs bases militaires. Israël coupe ses importations de défense françaises. En un mois de guerre contre l'Iran, le camp occidental a explosé en vol plus vite que n'importe quel adversaire n'aurait pu l'espérer.
Macron président de quoi ?
La posture de Macron est habile, mais elle pose une question de fond. Vanter la prévisibilité européenne, c'est bien. Mais la France a-t-elle les moyens de ses ambitions ? L'Europe n'a toujours pas de défense commune crédible, reste dépendante du pétrole du Golfe et ne pèse diplomatiquement que quand les États-Unis veulent bien l'écouter. Macron parle en chef d'État du « monde libre » depuis Tokyo, mais chez lui, le gazole est à 2,20 euros, les Français grognent, et personne à Washington ne décroche quand Paris appelle. Jusqu'à quand la posture pourra-t-elle remplacer la puissance ?