Le premier tour des municipales à Paris a livré un verdict spectaculaire. Le socialiste Emmanuel Grégoire, ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo, arrive largement en tête avec 37,98 % des suffrages. Rachida Dati, ministre de la Culture et candidate de la droite, est nettement distancée. Derrière eux, trois autres candidats se qualifient pour le second tour : Sophia Chikirou (LFI), Pierre-Yves Bournazel (centre) et Sarah Knafo (RN). Une quinquangulaire à Paris, c'est du jamais vu.
Dati, la chute d'une favorite
Rachida Dati avait fait de la mairie de Paris son objectif affiché depuis des années. Nommée ministre de la Culture en 2024, elle comptait sur sa visibilité médiatique et son ancrage dans le 7e arrondissement pour conquérir l'Hôtel de Ville. Le résultat du premier tour est un désaveu. Largement devancée par Grégoire, elle se retrouve dans une position de faiblesse pour le second tour, coincée entre un bloc de gauche dominant et des concurrents qui grignotent son électorat naturel.
Emmanuel Grégoire, lui, a su capitaliser sur l'héritage Hidalgo sans en porter les polémiques les plus clivantes. Il a mené une campagne centrée sur le logement, les transports et la vie de quartier, évitant les grandes déclarations idéologiques. Son score de près de 38 % au premier tour dans une ville fragmentée entre cinq candidats sérieux est un signal de force considérable.
Cinq candidats au second tour, toutes les alliances sont possibles
La quinquangulaire rend le second tour totalement imprévisible. Sophia Chikirou, figure de La France Insoumise et proche de Jean-Luc Mélenchon, capte une partie de l'électorat de gauche radicale que Grégoire ne représente pas. Pierre-Yves Bournazel tente de maintenir un espace centriste et macroniste qui rétrécit à chaque élection. Sarah Knafo, compagne d'Éric Zemmour et tête de liste RN, marque l'implantation symbolique de l'extrême droite dans une ville qui lui a toujours été hostile.
Les jeux d'alliance entre les deux tours seront déterminants. Grégoire pourrait chercher un accord avec Chikirou pour verrouiller le bloc de gauche, mais les relations entre le PS et LFI sont notoirement tendues. Dati pourrait tenter un rapprochement avec Bournazel pour unifier la droite et le centre. Knafo, elle, restera vraisemblablement isolée mais profitera de la dispersion des voix.
Paris est la vitrine politique de la France. Chaque élection municipale dans la capitale envoie un signal national. La domination de la gauche confirme que la ville reste un bastion progressiste malgré les critiques sur la gestion Hidalgo. L'effondrement de Dati fragilise la droite classique à un an et demi de la présidentielle. Et la présence du RN au second tour à Paris serait, en soi, un événement historique. Qui sera le prochain maire de la capitale, et qu'est-ce que ça dira de la France qui se dessine pour 2027 ?