Les prix des matières plastiques ont bondi de 40 % en un mois, passant de 1 400-1 600 euros la tonne à 2 300 euros. Le syndicat Plastalliance, premier syndicat français et européen du plastique, alerte sur un risque de pénurie d'emballages alimentaires dès la mi-avril. « Si le polyéthylène vient à manquer, on va se retrouver d'ici deux ou trois semaines avec des pénuries dans les supermarchés », prévient son secrétaire général Joseph Tayefeh.
Pas de pétrole, pas d'emballages, pas de courses
Le plastique est un dérivé du pétrole. 40 % de la production mondiale de plastique sert aux emballages. Et le pétrole, depuis la fermeture du détroit d'Ormuz il y a un mois, est devenu une denrée rare et chère. La chaîne est simple : moins de brut disponible, moins de pétrochimie, moins de polyéthylène, et donc moins de bouteilles de lait, de films alimentaires, de barquettes, de sacs. Bref, moins de tout ce qui remplit les rayons d'un supermarché.
La Corée du Sud, géant mondial de la pétrochimie qui produit cinq fois plus de plastique que la France, est déjà « proche de la rupture en termes de sacs poubelle ». Si un pays aussi puissant industriellement commence à souffrir, les nations plus dépendantes vont être frappées encore plus durement dans les semaines à venir. Les signaux d'alerte existaient dès la première semaine de la guerre : des pétroliers ont prévenu certaines entreprises de construction qu'elles ne seraient plus livrées jusqu'en avril.
Un « hiver industriel » menace l'Europe
Joseph Tayefeh ne mâche pas ses mots. « Si la guerre continue et ne s'arrête pas très rapidement, nous allons avoir un hiver industriel qui va s'abattre sur l'Europe, sur nos industries, et notamment en France. » Le plastique ne sert pas qu'aux emballages. Il est dans les voitures, l'électroménager, les matériaux de construction, le matériel médical. La filière plastique en France, c'est 3 000 entreprises, principalement des TPE, et 120 000 emplois.
Le scénario d'une « hyperinflation » sur les produits du quotidien n'est plus une hypothèse d'économiste. Quand la matière première coûte 40 % de plus et que l'approvisionnement menace de s'interrompre, les prix en rayon suivent mécaniquement. Après le gazole à 2,20 euros le litre, après les 800 stations en rupture de carburant, c'est maintenant le contenu des caddies qui pourrait être touché. La bouteille d'eau, le pack de lait, le film qui emballe votre steak haché.
Quand la guerre au Moyen-Orient vide les supermarchés français
La crise du détroit d'Ormuz ne se limite plus au prix à la pompe. Elle remonte toute la chaîne industrielle et commence à toucher les produits les plus banals du quotidien. Le pétrole n'est pas seulement du carburant, c'est la matière première de milliers de produits que nous utilisons sans y penser. Si les ruptures annoncées pour mi-avril se confirment, combien de temps faudra-t-il avant que les files d'attente devant les supermarchés remplacent celles devant les stations-service ?