Santé

Pesticides dans l'air : on en respire partout en France, confirme Atmo

Une carte interactive révèle la présence de pesticides sur tout le territoire. Le lindane, interdit depuis 20 ans, est encore détecté dans 61 % des prélèvements.

IW

La rédaction

Rédaction InfoWebMédia

·3 min de lecture
Illustration sante
Illustration sante| Photo d'illustration

Sur les 72 substances actives analysées par Atmo France entre 2022 et 2023, un tiers est détecté dans l'air ambiant et une sur huit est quantifiée à des niveaux mesurables. La fédération des associations de surveillance de la qualité de l'air vient de publier une carte interactive qui confirme ce que beaucoup redoutaient : les pesticides sont présents dans l'atmosphère sur l'ensemble du territoire français.

Le lindane, vingt ans d'interdiction et toujours dans vos poumons

Le chiffre le plus flippant du rapport n'est pas celui du glyphosate. C'est celui du lindane. Cet insecticide, considéré comme toxique pour l'homme et dangereux pour l'environnement, est interdit depuis plus de vingt ans en France. Pourtant, il est encore quantifié dans 61 % des prélèvements réalisés en 2022-2023. Oui, six échantillons sur dix. Le produit est tellement persistant qu'il continue de circuler dans l'air des décennies après la dernière pulvérisation. On respire littéralement le passé agricole du pays.

Le glyphosate, lui, est bien présent mais à des niveaux « très faibles », inférieurs à 0,1 nanogramme par mètre cube. Classé « cancérogène probable » par une agence de l'OMS depuis 2015, il reste interdit aux particuliers mais autorisé pour les agriculteurs jusqu'en 2033 au minimum. On retrouve aussi du folpel, un fongicide très utilisé dans les vignes, et du prosulfocarbe, un herbicide à grande volatilité qui se balade facilement dans l'air des grandes cultures céréalières.

La moitié des régions dans le rouge à un moment ou un autre

Selon Emmanuelle Drab-Sommesous, référente pesticides chez Atmo France, « quasiment la moitié des régions françaises se retrouve à un moment ou à un autre sur le niveau maximal » de concentration pour au moins une substance. En clair, que vous viviez en Beauce, dans le Bordelais ou en Bretagne, il y a des périodes de l'année où la concentration de pesticides dans l'air de votre région atteint le plafond de ce qu'on mesure ailleurs en France.

Le problème, c'est qu'il n'existe aucune valeur réglementaire pour les pesticides dans l'air. Contrairement aux particules fines, pour lesquelles on a des seuils d'alerte et des recommandations sanitaires, personne ne peut vous dire aujourd'hui si le niveau de pesticides que vous respirez est « acceptable » ou non. Atmo France précise d'ailleurs que sa carte « ne constitue pas une information sanitaire » mais un « outil de compréhension et de repérage ». Comprenez : on sait que c'est là, on sait où, mais on ne sait pas exactement ce que ça vous fait.

Mesurer c'est bien, réglementer ce serait mieux

Cette carte a le mérite de poser des chiffres sur un sujet longtemps resté flou. Mais elle soulève une question évidente. À quoi sert de mesurer des polluants dans l'air si aucun seuil sanitaire n'existe pour déclencher des alertes ou des restrictions ? Les particules fines ont leurs normes européennes, le bruit a ses décibels réglementaires. Les pesticides dans l'air, eux, restent dans un angle mort réglementaire. Combien de temps encore avant qu'on fixe un cadre et qu'on arrête de respirer du lindane vingt ans après son interdiction ?

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