À un an de la présidentielle, la primaire de gauche prévue le 11 octobre est dans l'impasse. Les deux figures les plus pesantes du camp, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann, excluent d'y participer. Le PS est de moins en moins tenté de s'y joindre. Il ne reste que trois candidats déclarés, Marine Tondelier, François Ruffin et Clémentine Autain, soit exactement le casting d'une compétition interne au groupe écologiste.
Tout le monde en veut, personne n'y va
Le principe de la primaire est séduisant sur le papier. On met tous les candidats de gauche autour d'une table, les citoyens votent, et tout le monde se range derrière le vainqueur. Sauf que pour que ça fonctionne, il faut remplir deux conditions. Un, que les poids lourds participent. Deux, que les perdants acceptent de soutenir le gagnant. Et ces deux conditions sont, en pratique, incompatibles.
Qui imagine sérieusement Jean-Luc Mélenchon, s'il est battu, faire campagne pour Raphaël Glucksmann ou François Hollande ? Qui imagine Glucksmann appeler à voter Mélenchon ? La primaire suppose un minimum de loyauté post-vote, et la gauche française de 2026 en manque cruellement. Le souvenir de la « primaire populaire » de 2022 est encore frais : 400 000 votants, Christiane Taubira désignée, et un retrait au bout d'un mois faute de parrainages. La procédure ne crée pas l'unité, elle expose les fractures.
Olivier Faure piégé entre deux feux
Au Parti socialiste, le chaos est total. Olivier Faure s'était engagé à consulter les militants sur la primaire. Mais sa position est fragilisée après avoir approuvé des alliances avec les insoumis aux municipales, des alliances qui ont majoritairement abouti à des défaites. Boris Vallaud, président du groupe PS à l'Assemblée, a lâché le premier secrétaire. Faure pourrait maintenant sacrifier la primaire pour calmer ses opposants internes et sauver son poste à la tête du parti.
Sans le PS et sans LFI, la primaire se résume à un duel entre écologistes et ex-insoumis dissidents. Tondelier pousse le dispositif parce qu'elle en a besoin pour crédibiliser sa candidature. Ruffin y voit un moyen de se distinguer de Mélenchon sans avoir à l'affronter directement. Autain veut exister. Mais aucun des trois ne dépasse les 10 % dans les sondages. Une primaire entre candidats à un chiffre, c'est un combat de coqs dans un poulailler vide.
La gauche fracturée, un classique français
Le problème dépasse la mécanique électorale. Pour qu'une primaire ait un sens, il faut un socle programmatique commun. Or la gauche de 2026 est divisée sur tout. L'Europe, l'OTAN, la politique étrangère, le nucléaire, les alliances avec LFI. Marine Tondelier elle-même le reconnaît : « La primaire, nous n'avons tout simplement pas le choix. » Mais quand on n'a pas le choix et que personne ne veut jouer le jeu, que reste-t-il ? À un an du scrutin, la gauche risque-t-elle de revivre le scénario de 2022, avec cinq candidats au premier tour et aucun au second ?