Le 31 mars à l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé que le gouvernement étudiait des poursuites pénales après des propos racistes tenus sur CNews au sujet de Bally Bagayoko, nouveau maire LFI de Saint-Denis élu dès le premier tour des municipales. Les qualifications d'« appel à la discrimination raciale » et d'« injure publique » sont sur la table.
Des « grands singes » en direct sur un plateau télé
Tout part d'une séquence diffusée vendredi sur CNews. Le psychologue Jean Doridot, invité à commenter les premiers jours du nouveau maire de Saint-Denis, se lance dans un développement surréaliste où il évoque les « grands singes » et l'« autorité » des chefs de « tribu ». En clair, un élu français ramené à des clichés coloniaux en plein direct. Les réactions sont immédiates. La gauche s'enflamme, les associations antiracistes saisissent l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel, qui annonce examiner les séquences.
CNews, de son côté, « conteste formellement » tout caractère raciste dans les propos diffusés. Une ligne de défense qui n'a convaincu personne au sommet de l'État. Laurent Nuñez a qualifié ces déclarations d'« ignobles » et « absolument inacceptables » devant les députés. « Le racisme n'est pas une opinion, c'est un poison, c'est un délit pénal », a martelé le ministre. La formule n'est pas nouvelle, mais le fait qu'un gouvernement envisage publiquement des poursuites contre des propos tenus sur une chaîne d'info est plus rare.
Le Premier ministre entre dans la danse
Sébastien Lecornu n'est pas resté en retrait. Le Premier ministre a demandé au préfet de Seine-Saint-Denis de se porter partie civile aux côtés de Bally Bagayoko quand ce dernier déposera plainte. Un geste politique fort qui transforme l'affaire en cause d'État. Le maire de Saint-Denis a de son côté annoncé un rassemblement antiraciste samedi dans sa ville.
L'affaire dépasse le simple dérapage télévisuel. Elle met en lumière le rapport compliqué entre certains médias et les élus issus de la diversité. Bally Bagayoko n'est pas un inconnu. Il a été élu dès le premier tour dans la troisième ville d'Île-de-France. Réduire son élection à des métaphores animalières, c'est nier le choix démocratique de dizaines de milliers d'électeurs.
L'Arcom sous pression, CNews dans le viseur
Ce n'est pas la première fois que CNews se retrouve au centre d'une polémique sur les limites du débat public. L'Arcom, qui a remplacé le CSA, va devoir trancher. La chaîne risque-t-elle une sanction sérieuse ou un simple rappel à l'ordre qui ne changera rien ? Les associations comme le MRAP ont déjà porté plainte. Avec le gouvernement qui envisage de faire de même, la pression juridique monte d'un cran. Reste une question que personne ne pose vraiment : pourquoi faut-il attendre qu'un ministre réagisse à l'Assemblée pour qu'on s'interroge sur ce qui passe à l'antenne tous les jours ?